JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (57)

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Cochabamba mercredi 3 avril 2013

Chers amis, chers parents,

En ces premiers jours du mois d’avril, je rédige ce qui devrait être le dernier courrier mensuel de mon séjour de près de huit années en Bolivie. Et dans trois semaines, je serai en toute probabilité à nouveau sur le sol de l’Hexagone parmi vous avant de recommencer à travailler pour une nouvelle mission de travail pastoral au diocèse de Bourges.

Ces dernières semaines m’ont permis de vivre quelques moments importants de la vie de notre Eglise universelle et locale : l´élection du pape argentin François d’une part, et un temps de Carême et une semaine Sainte d’autre part, comme autant d’événements significatifs de notre appartenance à la communauté de foi apostolique qui nous unit par delà les frontières et dans la diversité des langues et des cultures des pays de notre planète.

J’ai également vécu ces derniers temps avec la préoccupation de pouvoir transmettre dans les meilleures conditions possibles la responsabilité de la paroisse au père Oscar et à ses collaborateurs/trices.  Oscar, après avoir reçu la confirmation de sa nomination, a été « possessionné » comme curé à la mi-mars au cours d´une célébration dominicale présidée par notre archevêque et en présence d’une bonne assemblée représentative des divers secteurs de notre paroisse. Et dernièrement nous avons pu établir avec les membres de l’équipe d’animation,  les responsables des différentes commissions et le conseil économique,  les conditions dans lesquelles va pouvoir se poursuivre leur travail pastoral cette année. Il y eut ensuite une assemblée vicariale des 5 paroisses et une rencontre dominicale au cours de laquelle ont pu être évoqués les nouveaux défis pastoraux qui se présentent pour nos secteurs périurbains de Cochabamba. Aujourd’hui, je commence à me sentir un peu soulagé du poids de la charge pastorale et me prépare à faire mes adieux à ceux et celles avec lesquels j´ai travaillé et partagé durant toutes ces années de séjour en terre étrangère, heureux d’avoir pu répondre à cet appel de l’Eglise locale bolivienne depuis notre Eglise de Bourges, et riche d’une expérience pastorale et ecclésiale qui m’aura aidé à approfondir mon ministère de prêtre à la suite du Christ au service de l’évangélisation des peuples.

Parmi les événements les plus marquants de ces dernières semaines, il en est un qui vaut la peine d’être compté et qui m’a rappelé ces années où je travaillais au service diocésain et régional de la pastorale des migrants en Berry, essayant entre autre  avec d’autres d’obtenir la reconnaissance de ce droit inaliénable à chercher refuge  dans d’autres pays pour ceux et celles qui se retrouvent, à un moment donné de l’histoire de leur pays, victimes de mauvais traitements ou de diverses formes de persécutions. L’histoire de cette étape de ma vie s’est rappelée à moi à l´occasion d’un appel du service diocésain de la pastorale des migrants du diocèse de Cochabamba à rencontrer une vingtaine de jeunes sénégalais musulmans de Casamance arrêtés par la police des frontières et conduits à la maison du migrant de Cochabamba après un long périple depuis le Sénégal jusqu’en Equateur, au Pérou et au Brésil. Etant la seule personne connue des services locaux de migration qui puisse se communiquer avec eux en français, j’ai donc été invité à les rencontrer et à les interviewer pour constituer un dossier de reconnaissance de leur droit à présenter une demande d’asile politique aux autorités boliviennes. Cela m’a donné l’occasion de m´intéresser à ce qui s´est passé ces trente dernières années en Casamance entre les rebelles et les forces de sécurité de ce pays, de connaitre la nature du conflit qui perdure et ses conséquences douloureuses pour les populations civiles de cette région. Ce sont environ 250 sénégalais qui sont ainsi arrivés clandestinement en Bolivie ces dernières semaines dont les dossiers sont à l’étude à La Paz. Je peux dire dans le cadre de cette lettre que les témoignages recueillis viennent illustrer des faits relatés par ailleurs par Amnesty International dans ses derniers rapports publiés sur Internet. Nos amis sénégalais sont toujours à Cochabamba où ils ont été bien reçus à la maison du migrant et où ils vivent dans l´attente d’une proposition de solution à leur situation de reclus temporaires. Ils ont un ou deux policiers pour les surveiller en permanence qui ont su les mettre en confiance depuis le début de leur séjour et leur offrent la possibilité de se sentir accueillis dignement et fraternellement. Je n’aurais jamais imaginé en Bolivie me retrouver dans la situation de défense des droits de migrants africains obligés de fuir leur pays pour tenter de trouver refuge en Amérique latine.

Pour en revenir aux événements de la vie paroissiale du mois écoulé, je dirais en guise de commentaire que je m´apprête à quitter la population de ce secteur à un moment où commence à exister une communauté ecclésiale au service de laquelle nous n´avons pas ménagé nos efforts de service. Je me réjouis de voir aujourd’hui des liens fraternels d’amitié et de solidarité construire la communauté au sein de laquelle au moins quelques personnes en situation de pauvreté ou de fragilité ont pu relever la tête et trouver leur place, tandis que d’autres ont appris à offrir gratuitement leur service. Les célébrations de la semaine sainte nous ont permis de fait de vérifier ce sentiment d’appartenance d’un certain nombre de nos connaissances au sein de la population locale. Ce n’est encore qu’une petite communauté catholique, dans un environnement très diversifié de familles sans référence particulière à une église, même si beaucoup aiment se dire catholiques, ou dans certains cas en référence à une des nombreuses églises évangéliques ou sectes chrétiennes du secteur. Ce qui me réjouit également, c’est la présence d’un certain nombre de jeunes et d’enfants qui ont trouvé leur place dans la communauté et qui participent animés par la foi aux célébrations dominicales et aux différentes activités proposées par les commissions. Quant on connait l’histoire familiale tourmentée de certains, on se dit que les responsables et agents pastoraux des différents secteurs de la paroisse font un bon travail d’accueil, d’écoute et d’accompagnement au fil des mois et des années qui permet à ces jeunes de se construire humainement et spirituellement en référence à des valeurs de solidarité et de partage fraternel qui leur serviront par la suite dans leurs engagements à l’âge adulte.

Si je suis préoccupé de laisser Oscar comme unique prêtre sur ce territoire paroissial, je me réjouis par ailleurs de la venue de la communauté des trois sœurs carmélites de Vedrunes ainsi que de la présence d’un diacre permanent professeur de collège qui semblent les uns et les autres disposer à épauler Oscar dans l’exercice de sa nouvelle responsabilité en attendant que viennent le seconder un autre prêtre diocésain. Il faut dire qu´un bon nombre des services liturgiques qui nous sont demandés réclament une attention particulière à une population en demande religieuse de fêtes dévotionnelles mais sans lien particulier à leur baptême. Le défi est dans ce cas celui d’une première annonce de la foi au cœur des événements comme d´une catéchèse adulte qui permettent à ces personnes avec le temps de donner un sens à leur baptême. Le culte des saints, comme chacun sait, est très prisé en Bolivie, comme celui des bénédictions domestiques en tout genre, et dans ces circonstances, mieux vaut être préparé à rencontrer les familles et les communautés à partir de leur demande religieuse quelles qu’elles soient, sans jugement a priori comme malheureusement le font beaucoup de pasteurs d’églises évangéliques.

Que conclure au terme de cette courte réflexion : que j’ai été heureux de pouvoir accompagner sur ces chemins d’évangélisation et d’une vie en église un bon nombre d’étudiants avec les responsables des différentes commissions mises en place au fil des ans. J’ai eu la surprise ces derniers jours d’être interviewé par quelques uns d’entre eux dans le cadre de leur travail universitaire de rédaction de thèse ou de mémoire, prenant conscience en cela de la valeur du service que nous leur rendons à pouvoir travailler à nos côtés au service de la population locale. J’ai été également heureux de pouvoir permettre un travail de prévention médicale, et je garde l’espoir qu’il puisse être poursuivi grâce au soutien de la fondation diocésaine Saint Luc qui nous confirme pour cette année leur engagement à nos côtés. Il me faut évoquer en terminant le projet de fondation diocésaine du centre Nuqanchik d’Alto Litoral auquel travaillent depuis plusieurs années un certain nombre de responsables avec l’espoir de le mener à terme et de permettre ainsi dans l’avenir à une petite équipe multidisciplinaire  de jeunes professionnels d’offrir aux familles du secteur ce service intégral à la personne qui fait tant défaut dans ces quartiers.

Quel peut être aujourd’hui l´avenir de cette jeune paroisse ?  J’ose espérer et je crois qu’il nous faut prier en priorité pour que ses responsables sachent unir leurs efforts pour le meilleur service possible à la population. Je crois qu’il dépend aussi dans une large mesure de l’intérêt que sauront manifester les responsables du diocèse de Cochabamba aux responsables de la paroisse et du soutien tant économique que spirituel qu’ils leur apporteront. Je pense enfin qu’il faut prévoir de continuer à aider depuis la France entre autre la population de ce secteur tout en exigeant d’elle un engagement concret à participer à la vie de leur paroisse. J’accepte pour ma part de me conformer à cet engagement avec les moyens qui me seront donnés dans ma prochaine mission et que je pourrai mettre au service de cette paroisse au nom de tous ceux et celles qui souhaitent poursuivre entre tous l´aventure.

Je vous laisse pour recevoir un couple de parents qui a connu quelques difficultés ces derniers temps et auquel j’ai proposé un accompagnement hebdomadaire. Ce même couple de 4 enfants se prépare avec le père Oscar à leur communion et confirmation.

A très bientôt la joie de se revoir en France dans quelques semaines.

Bonnes fêtes de Pâques, en attendant  celle de Pentecôte

Con afecto fraterno

Jacques Delort

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