JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (56)

Cochabamba lundi 4-03-2013

Chers amis, chers parents,

En ce mois de mars, je rédige ce qui devrait être l´avant dernier ou le dernier courrier de mon séjour en Bolivie. Un certain nombre de personnes, en prenant récemment conscience, me demande ces jours-ci si mon retour est définitif ou temporaire, d´autres pensent -semble-t-il- que je pars fâché ou déçu et souhaite renoncer au ministère comme c´est le cas d´un certain nombre de prêtres ici. Enfin quelques-uns savent que je reviens  en France pour assumer une nouvelle mission. Ceux qui me connaissent bien et avec lesquels j´ai travaillé au service de cette nouvelle paroisse durant plus de sept années me prient de leur partager ces dernières semaines quelques moments d´amitié  réalisant qu’une autre page de l´histoire de la paroisse s´ouvre avec mon départ. J´ai pris soin à ce sujet de préparer les uns et les autres leur expliquant les raisons de ce retour et les conditions de travail pastoral qui sont celles d´un prêtre Fidei Donum au service de notre Eglise à vocation apostolique et universelle. Ils savent d´autre part que je continuerai à les aider tant par la communion de prière qui nous unit que par les réseaux d´amitié que je continuerais à construire avec eux.

Ces dernières semaines m´ont permis d´autre part de préparer le père Oscar et les principaux responsables de la paroisse, ses proches collaborateurs, à assumer une responsabilité pastorale nouvelle pour eux mais à laquelle ils ont été initiés plus particulièrement ces deux dernières années. Dans deux semaines, l´archevêque viendra présenter Oscar à la communauté comme nouveau curé.

Depuis quelques mois, j´ai cherché à assurer, non sans quelques soucis, dans un contexte chargé et mouvementé pour les autorités ecclésiales locales, les conditions économiques de travail pastoral de la nouvelle équipe paroissiale au moins pour l´année 2013. Il faut dire que rien n’avait été jusque-là pensé et prévu après mon départ et que certains pensaient que je demanderais à rester encore quelque années.

La jeune équipe mise en place, dynamique mais encore bien fragile, pourra-t-elle compter dans les années à venir sur une réelle solidarité ecclésiale tant locale qu´universelle avant de voler de ses propres ailes ?

La création de paroisses à la périphérie des nouvelles grandes villes et métropoles de nos sociétés contemporaines se présente sans doute comme un des défis majeurs d´évangélisation pour notre Eglise, qui ne pourra être relevé qu´au prix d´ un engagement concret des baptisés des églises locales anciennes héritières d´une tradition bien établie de participation de leurs fidèles.

En ce temps de préparation aux fêtes de Pâques et entre autre de réflexion pour les cardinaux électeurs réunis à Rome en Conclave, souhaitons que ces enjeux-là soient au centre des préoccupations pastorales de nos communautés appelées à partager la mission apostolique et universelle de notre Eglise.

 

En ce début d´année civile, nous reprenons, après les vacances d´été et les fêtes de Carnaval, les activités pastorales, avec en perspective, quelques objectifs clairs et critères de travail définis lors de nos dernières réunions de l´équipe d´animation comme au sein des différentes commissions existantes. L´année de la Foi nous invite à proposer des rencontres mensuelles de formation et d´échange sur les différents secteurs où nous travaillons entre commissions. Nous avons revu d´autre part nos pratiques pour une plus grande attention aux familles fragilisées de notre territoire et une collaboration plus étroite entre les différents acteurs de la vie paroissiale, pour la plupart jeunes étudiants et professionnels. (Vous trouverez ci-joint, en espagnol je m´en excuse, la dernière lettre de synthèse envoyée aux participants de notre dernière assemblée paroissiale qui a réuni encore cette année un peu plus d´une quarantaine de personnes.)

Au retour des vacances d´été, nous avons accueilli une nouvelle communauté de sœurs carmélitaines de Vedrunes dont je vous avais parlé dans le dernier courrier. J´ai eu l´occasion de les connaitre personnellement et de les visiter à plusieurs reprises en guise de préparation à la célébration, la semaine dernière, avec l´archevêque, de leur acte de fondation qui coïncidait avec le 189° anniversaire de leur congrégation. Deux des membres de l´équipe provinciale avaient fait le déplacement à Cochabamba depuis le Pérou;  nous avons pu avec elles et les membres de leur communauté de formation proche ainsi que quelques-uns de leurs amis et  paroissiens partager la semaine dernière un moment festif de célébration de la foi.

La communauté des deux sœurs de Saint Joseph a repris également son travail pastoral avec une nouvelle équipe composée de Grégoria et Pepita, Justina pour ceux qui l´ont connu lors de leur séjour parmi nous, ayant choisi de se retirer  dans son autre communauté à une vingtaine de kilomètres.

 

En ce début d´année quelques changements sont à noter au sein des différentes commissions existantes :

•          La commission éducative reprend ses activités de soutien scolaire avec environ 140 enfants répartis sur 3 centres et quelques 25 volontaires étudiants pour l´instant. Lors de notre dernière réunion de l´association Hermanos Mayores ce samedi, il a été envisagé la possibilité, à la demande depuis deux ans de la communauté de Monte Olivos, de créer une nouvelle antenne. Cela est envisageable, sachant d’autre part que nous avons quelques difficultés de présence sur le secteur d´Uspha Uspha  toujours très divisé entre ses dirigeants.

•          La commission sociale poursuit sa route avec 12 volontaires étudiants dont 3 anciens passent cette année professionnels de l´action sociale et demandent à faire leur stage de capacitation sur le secteur paroissial en étroite collaboration avec l´université publique. Les objectifs de travail de la commission sur quatre secteurs se concentrent cette année sur les adolescents et l´accompagnement personnalisé des familles à risque grâce aux parrainages de l´association Cochateauroux.

•          La commission médicale poursuit sa route et son travail de prévention en lien avec la petite équipe de la fondation diocésaine Saint Luc auprès de la population locale. Deux médecins, deux dentistes et un kinésithérapeute offrent un service de proximité à temps partiel quelques heures pour chacun dans la semaine. En ce début d´année, il ont prévu de travailler en plus étroite collaboration avec les responsables des commissions cherchant à se donner ainsi la possibilité d´un suivi médical des enfants dans leurs étapes de croissance, comme d´actions plus ponctuelles du style une campagne de déparasitage pour les victimes de la contamination de l´eau.

Je vais devoir me trouver un remplaçant au sein du conseil d´administration de la Fondation Diocésaine Saint Luc et pense proposer le père Oscar ou la docteur Nora lors de notre prochaine réunion.

•          La commission de catéchèse s´ouvre cette année à la participation de nouvelles jeunes catéchistes. Nous avons prévu pour deux d´entre elles, jeunes étudiantes, un plan de formation diocésaine à trois ans, qu´elles ont accepté avec joie et qui va entrainer quelques frais supplémentaires pour la paroisse. J´ai dégagé pour quelques fonds à cet effet pour 2013. La population des enfants en catéchèse reste stable autour d´une centaine par année.

•          Nous avons repris contact tout récemment avec une des responsables nationales des MINKAS (ACE) à laquelle nous avons demandé un suivi et une formation pour quelques jeunes de la paroisse. Il est évident qu’une pédagogie comme celle des mouvements d´Action Catholique, enfants, jeunes et adultes, convient fort bien à la réalité des familles de nos quartiers. Si je n´ai pas eu le temps, comme je l´aurais souhaité, de me consacrer à ce travail de fondation dans la durée, je reste convaincu qu´il faut poursuivre dans ce sens et encourager les efforts des nouveaux responsables de la paroisse. Là encore, il faudra trouver la possibilité d´une aide financière au-delà de l´année en cours.

•          Enfin, une dernière commission reste à former, à structurer et à accompagner, celle de la liturgie. Au jour d’aujourd’hui, nous pouvons compter sur quelques personnes prêtes à s´investir et aider le père Oscar dans ce travail de formation commencé depuis la création de la paroisse. Là encore des fonds seront rapidement nécessaires pour la formation des personnes comme pour l´achat de matériel : sono, micros, instruments, vêtements et livres liturgiques etc… Pour la petite histoire, je viens de faire faire 3 petites cloches par une entreprise nationale de fabrication de bouteilles de gaz qui au final nous a fait cadeau de son travail !

Nous travaillons toujours, vous le savez bien, dans des conditions précaires sachant que l´apport de la population locale à la vie de sa paroisse ne représente même pas actuellement 5% de son budget total annuel et que nous n´avons reçu pratiquement jusqu’à ce jour aucune aide du diocèse de Cochabamba et de ses quelques paroisses riches.

 

Je voudrais terminer en évoquant les travaux de construction du centre pastoral Nuqanchik. Nous pensons terminer la deuxième tranche de ces travaux dans quelques semaines, nous aurons alors à disposition un nouveau logement pour un prêtre ou une famille appelée à veiller sur les lieux, ainsi que des sanitaires avec une bonne réserve d´eau disponible pour les activités du centre. Nous cherchons pour 2013 à réaliser une nouvelle tranche de travaux qui permettrait de sécuriser tout d´abord les premiers bâtiments du centre et ensuite de commencer à travailler l´espace de terrain ainsi délimité et protégé. Le coût de l´opération se monte à environ 15000 €. Les premiers cette année à répondre à notre proposition d´aide ont été nos amis de l´association berrichonne Menetou Salon en Fête et nous les en remercions vivement. D´autres suivront sans doute, c ´est le pari que nous faisons. Que ceux d´entre vous qui aimeraient recevoir le dernier rapport d´activités et nous aider à trouver des sponsors ou donateurs se fassent connaitre, Liliana Siles, la nouvelle coordinatrice du projet de fondation leur fera parvenir les informations demandées.

Le temps me manque pour évoquer d´autres formes d´action pastorale comme celles des jeunes couples qui ont en général au minimum 4 enfants et qui ont besoin de se retrouver et d´apprendre à nourrir et à partager leur foi à partir de leurs responsabilités familiales, professionnelles et autres engagements dans la vie de la cité. Il y a tant à faire lorsqu’il s´agit à la construction de nouvelles communautés d’églises à la périphérie des grandes villes des pays émergents du nouveau monde ! J´aurais bien pu demander à rester quelques années de plus encore ici, le travail ne m’aurait pas manqué !!!

J´aimerais revenir en France quelque peu rassuré quant à l´avenir de cette nouvelle paroisse. J´ai certes  la conscience tranquille d´avoir fait ce qui était à ma portée, compte tenu de mon expérience et de mes possibilités, mais il reste tant à faire comme je vous le disais. D´autres viendront travailler sur ce chantier et poursuivre l´œuvre entreprise qui est avant tout celle de l´Esprit de Dieu en nous et à travers nous. Rendons lui grâce pour cette vigne à laquelle Il nous a un jour embauché et prions-Le en ce temps de Carême d´envoyer toujours et partout des ouvriers à sa moisson.

Bonne préparation aux fêtes de Pâques dans la joie de Celui qui nous attend sur le rivage pour nous partager à sa façon quelques produits de notre pêche ! (Jean 21/11)

Affectueusement et amitiés à chacun et chacune

Jacques Delort

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