JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (34)

Cochabamba mercredi 13-10-2010 

 

Chers amis, chers parents, 

Un mois tout juste a passé depuis mon dernier courrier. Le temps est venu de vous partager quelques nouvelles. Cette fois-ci vous aurez reçu les photos avant le courrier pour ceux et celles qui ont accès à la galerie de photos de Windows Live. Je n´ai plus que ce moyen de vous les faire parvenir depuis les derniers changements survenus dans l´envoi en ligne de documents photos.

A l´heure où je commence la rédaction de ces pages, je reçois un appel d´une journaliste de Radio Vatican qui me demande ce que je pense de l´adoption de la nouvelle loi contre toute forme de racisme et de discrimination ; cette loi a été ces jours-ci fortement contestée par les directeurs de radio, télévision et journaux ( 80% de la presse est aux mains d´intérêts privés) en référence notamment à son article 16 qui prévoit l´administration de fortes sanctions à l´encontre des directeurs de médias et de leurs journalistes dans le cas avéré où ceux-ci se seraient rendus coupables de propos ou de commentaires à connotation raciste ou discriminatoire.

Je me sens en la matière bien incompétent pour émettre un jugement dans la mesure où je suis comme beaucoup de citoyens boliviens ou étrangers un « spectateur » de ces luttes intestines de pouvoir qui dépassent mon entendement dans le contexte où je vis, et qui sont la traduction de querelles d´intérêt politique, économique et financier qui tendraient à nous faire oublier que le problème de fond demeure celui d´une société bolivienne à réformer en profondeur et qui demeure fondamentalement inégalitaire, injuste, anarchique, corrompue en bien de ses membres par l´appât du gain à tous les échelons de la vie sociale.

Ce serait bien illusoire de croire que la rédaction d´une loi puisse changer en soi radicalement le cours des choses ici comme ailleurs. Ce sont les mentalités qu´il faut pouvoir éduquer et changer à tous les échelons de la vie en société !

Aujourd´hui, la discrimination existe sous bien des formes et même entre boliviens pauvres et riches, puissants ou misérables, sur les quartiers et dans la ville où je vis depuis 5 ans. 

Entre les auteurs des nouvelles lois qui voudraient nous persuader  idéologiquement qu´elles ont pouvoir de changer durablement le cours des choses et les tenants des régimes précédents -dont ils étaient les premiers bénéficiaires- qui se présentent aujourd´hui en victimes de l´ordre nouvellement établi et qui se refusent à toute forme d´opposition constructive pour un nouveau projet de société civile au service des plus démunis, il y a toute une frange de population qui continue à vivre l´espérance de changements qui se font désespérément attendre en matière d´accès aux droits élémentaires : hygiène de vie et alimentaire, santé, travail, qualification professionnelle, éducation, logement, droits sociaux, salaires décents etc….  

C´est dans ce contexte que je continue à travailler pastoralement avec ceux et celles qui m´apportent quotidiennement leur collaboration au service de ce nouveau territoire paroissial : celui-ci a pour vocation de faire appel à toutes les bonnes volontés dans la construction de communautés ecclésiales signes et témoins de ces changements de société dont nous rêvons tous en référence à ces valeurs évangéliques dont nous avons hérités et que nous essayons de pratiquer. 

Le défi est de taille dans ce contexte de société où l´homme continue à être un loup pour l´homme surtout lorsqu´il se déguise en personnage affable, animé des meilleurs intentions et dispensateur de bonnes paroles. L´enfer est soi-disant pavé de bonnes intentions. Lorsque les actes ne suivent pas, on apprend d´abord à être méfiants, on entend ensuite l´appel évangélique à être rusés comme les serpents et candides comme les colombes. Le chemin de la conversion est dans ce cas rude et escarpé pour celui qui veut vivre en bon ouvrier de l´Evangile, répondre à l´appel de l´Esprit saint pour vivre ce processus de lente transfiguration et divinisation dont parle si bien Saint Irénée. Comme disait Jean Paul, il nous faut devenir chaque jour d´avantage des experts en humanité au service de l´Evangile. 

Quelques exemples tirés de la vie quotidienne à l´appui de ces quelques réflexions :

Vous verrez sur les photos quelques ouvriers appelés à travailler à la construction de la chapelle tant attendue sur le quartier de Uspha Uspha. Celui qui les a appelés n´avait aucune autorisation légale et les travaux ont été stoppés. Nous sommes aujourd´hui dans l´attente d´un document officiel des nouvelles autorités municipales. On se dispute toujours au jour d´aujourd´hui la propriété de ce petit bout de terrain qui doit passer en donation gratuite à l´Eglise de Cochabamba.

D´autres photos -pour ceux et celles qui y ont accès- font référence à quelques rencontres ou moments de la vie des différents groupes qui vivent sur les quartiers : soutien scolaire, commission sociale d´accompagnement des familles les plus en difficultés, groupes de catéchèse. Ces dernières semaines, 130 à 150 enfants ont pu aller à la piscine, d´autres ont reçu le soutien de nouveaux volontaires étudiants et du matériel pour leurs animations, d´autres encore ont pu démarrer un petit groupe de catéchèse de première communion et certains ont pu partager sur une maison paroissiale un temps de travail communautaire, un moment de réflexion, un autre de célébration et enfin un repas préparé par les mamans du quartier.

Ces dernières semaines ont été pour moi particulièrement marquées par un certain nombre de célébrations faisant directement référence à des étapes importantes de la vie des familles ou des communautés de quartiers : bénédictions de voitures et bien sûr de leurs chauffeurs (!) à l´occasion de l´anniversaire d´une ligne de taxi, fêtes annuelles de la Vierge chez des particuliers, au collège public et sur deux quartiers, messe-anniversaire de Saint Vincent de Paul pour un collège et une garderie du même nom. J´ai pu aussi célébrer 5 baptêmes d´adultes en même temps que 3 de leurs enfants, une onction des malades pour une femme âgée atteinte d´un cancer généralisé et quelques sacrements du pardon pour des adultes. Je prépare également quelques mariages pour cette fin d´année (on se marie ici plutôt au moment de Noel et les années paires) 

Je consacre également une partie de mon temps à la formation de quelques adultes qui souhaitent célébrer sur la paroisse les étapes de leur vie chrétienne et à quelques réunions de parents d´enfants en catéchèse. Le chantier de l´évangélisation est immense en ce domaine !

Il y a eu également ces dernières semaines la réunion du conseil pastoral paroissial dont nous avons repris les activités après un certain temps de mise en veille. La majorité des participants sont des jeunes qui ne vivent pas sur les quartiers de la paroisse et qui n´ont donc pratiquement aucune expérience de vie d´Eglise. A l´avenir, nous espérons que ce conseil puisse accueillir des représentants des habitants des quartiers intéressés à vivre cette expérience ecclésiale. Pour l´heure, nous avons beaucoup de difficultés à les sensibiliser à cette responsabilité pastorale. Il faut dire qu´ils n´ont jamais été « éduqués » jusque là à cette forme de participation à la vie de l´Eglise !

Je participe désormais mensuellement à un temps de rencontre de réflexion et d´échanges des prêtres diocésains ; nous sommes peu nombreux à répondre à l´invitation. Cela me donne aussi l´occasion de rencontrer quelques jeunes nouvellement ordonnés et quelques séminaristes en formation sur les lieux du séminaire où nous sommes accueillis. Nous espérons bien bénéficier en 2011 de la collaboration d´un jeune bolivien qui devrait être ordonné diacre dans quelques mois. Nous avons également l´espoir de pouvoir bénéficier dans les prochains mois des services d´un père de famille actuellement professeur en collège qui devrait être ordonné diacre permanent d´ici peu.

J´ai été invité la semaine dernière à participer à un temps d´échange entre prêtres curés, responsables de séminaire et de services diocésains portant sur la pastorale vocationnelle du diocèse. J´ai pris conscience à cette occasion des difficultés que peuvent vivre certains responsables de services diocésains lorsqu´aucun budget ne leur est alloué dans l´exercice de leurs fonctions et qu´ils sont totalement dépendants des donations étrangères.

Depuis peu me voilà appelé à participer à la réflexion et aux échanges des prêtres du conseil presbytéral de l´archevêque: les deux premières réunions ont été consacrées aux affaires économiques du diocèse et celle de demain a pour sujet «la Providence !».   

 

En terminant, je fais rapidement référence à quelques autres rencontres de ces dernières semaines:

Participation aux ateliers proposés aux parents par la commission médicale sur les lieux de soutien scolaire sur le thème de l´hygiène personnelle et collective de vie.

Réunion mensuelle des membres du bureau de l´association « Hermanos Mayores » avec quelques absences regrettables des responsables et un bon travail des membres présents.

Témoignage donné relatif à ma vie de prêtre lors d ´une rencontre nationale de pradosiens à Cochabamba.

Accueil pour une visite des quartiers de la paroisse du père André Romary, ancien prêtre Fidei Donum au Brésil en visite en Bolivie chez Jacques Chenal et son épouse.

Entretien à Cochabamba avec Frédéric Laurent, le consul de France en titre de La Paz pour lui présenter le projet de construction du  centre de prévention Nuquanchik   

 

Tout ceci pour vous dire que je ne m´ennuie pas à Cochabamba et que je continue à apprendre au fil des évènements et des rencontres « le métier » de prêtre Fidei Donum, une expérience enrichissante et formatrice à tous points de vue. Et comme l´âge du départ à la retraite semble devoir être repoussé en France à 67 ans, il va me falloir renoncer à ces « grandes vacances en Gaule dont je rêve parfois aux jours de fatigue ou de découragement !! 

Bon mois d´octobre et de la mission universelle à chacun de vous en communion avec ce généreux peuple de l´Amérique Latine si jeune et plein de promesses dont vous avez parmi vous deux représentantes boliviennes Eli et Marizabel, qui sont, je suis sûr, disposées à vous rencontrer pour ceux et celles qui souhaiteraient leur accorder un peu de temps durant leur séjour jusqu´à la fin novembre.  

 

A très bientôt de vos nouvelles 

Jacques DELORT 

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