JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (33)

Cochabamba mardi 7 septembre 2010 

 

Chers amis, chers parents, 

 

Le moment est venu de vous donner quelques nouvelles en ce début du mois de septembre, mois du printemps, de l´amour, de l´étudiant et exceptionnellement cette année à l´occasion de la fête annuelle de la ville de Cochabamba celui de la célébration du bicentenaire de la libération de la cité et du département. 

Dimanche dernier, comme chaque année, nous avons également fêté le jour du piéton. Ce jour-là il y a interdiction de circuler sans autorisation du comité civique, et dans toute la ville sont proposées des animations avec courses cyclistes et autres concours et jeux surtout  pour les enfants. Les rues et avenues sont envahies d´enfants, de jeunes et de familles entières qui occupent avec bonheur les lieux de leurs jeux, bicyclettes et parties de football. 

Aujourd´hui la nouvelle municipalité parle d´étendre ce jour du piéton à deux autres dates durant l´année, au premier avril et au premier décembre, ne serait-ce que pour permettre à la population de prendre conscience du nuage de pollution qui plane sur la ville en temps normal à cause entre autre de la multiplication des véhicules en circulation dans ce cirque montagneux. Il faut dire que la ville de Cochabamba est actuellement la plus polluée de Bolivie et qu´à certains moments de l´année comme par exemple en ce mois d´août, il ne faisait pas si bon que ça y vivre à cause des « chaqueos », feux de chaleur et feux criminels qui ont embrasé une grande partie du territoire bolivien. Et comme le temps était très sec et venteux jusque là, nous vivions en plus avec des nuages de poussière de roche sur la ville qui ont eu comme conséquences quelques problèmes d´affections respiratoires chez un certain nombre de personnes. 

Avec  le mois de septembre et les premières pluies un peu acides, nous entrons dans une nouvelle période climatique qui devrait au moins permettre aux contreforts montagneux de reverdir un peu et aux arbres et aux plantes là où il y a de l´eau d´éclater en fleurs et en bourgeons. 

 

Au plan politique, le pays vit à l´heure de la promulgation d´un certain nombre de décrets lois visant à réformer la politique d´Etat des gouvernements précédents, notamment en matière d´accès à un certain nombre de droits sociaux au travail, à la retraite, à la santé etc.… 

Nous sommes également à l´heure des débats et des négociations de confédérations syndicales avec le gouvernement et des représentations citoyennes avec les nouvelles assemblées départementales dans le cadre constitutionnel de ces nouvelles autonomies de régions, de municipalités et de peuples indigènes. 

Un certain nombre de procès sont en cours au prétexte de moraliser la vie publique et de dénoncer les personnes corrompues ayant abusé de leur pouvoir pour s´enrichir personnellement. 

 

Au plan économique, les aspirations à une meilleure qualité de vie, à un salaire plus juste et à un pouvoir d´achat plus fort nourrissent  chez les personnes les plus entreprenantes et les plus instruites une ambition de promotion individuelle qui ne favorise pas vraiment  le développement solidaire que l´on pourrait espérer pour le pays en pensant aux plus nécessiteux qui sont encore les plus nombreux. De fait, l´augmentation progressive des prix ne permet pas actuellement aux plus pauvres d´espérer à court terme vivre la tête hors de l´eau. 

 

C´est dans ce contexte qu´il nous faut poursuivre notre tâche au plan pastoral : une mission à caractère prophétique pour notre Eglise pour être fidèle au message évangélique du Christ Seigneur qu´elle proclame. 

Quelle bonne nouvelle annoncer aux pauvres, aux captifs, aux malades, dans un tel contexte, de quelle manière et avec quels moyens humains ? Quels projets solidaires d´évangélisation, de promotion humaine et de développement favoriser par nos engagements au quotidien au côté de ces populations de la périphérie de la ville et de concert avec ces nouveaux acteurs professionnels qui n´ont pas encore trouvé les soutiens et les moyens de travailler au bénéfice des plus pauvres et des victimes de ces formes de développement égoïste et injuste que connaît comme tant d´autres la société bolivienne ? Autant de questions que je porte ici avec vous tous depuis  maintenant 5 ans comme prêtre « fidei donum » envoyé par notre Eglise locale du Berry auprès de nos frères et sœurs de l´Eglise de Cochabamba. Ces questions nous les avons porté ensemble avec les membres de la délégation épiscopale du diocèse de Bourges lors de leur séjour il y a un peu plus d´un mois. A notre niveau de relations interdiocésaines, quelles réponses pouvons-nous espérer apporter par notre engagement solidaire dans les années à venir dans la construction de cette nouvelle paroisse « Santa Maria del Camino » sur le territoire de laquelle je travaille depuis 5 ans avec de nombreux jeunes volontaires ? 

 

Dans une semaine, arriveront en France pour un séjour de trois mois Elisabeth et Marizabel, membres de la commission sociale de la paroisse. Elles sont, me semble-t-il, bien représentatives de cette nouvelle génération qui nourrit pour son pays le rêve d´un développement solidaire et généreux. A travers elles, vous pourrez sans doute vous faire une idée plus juste de ce que ces jeunes souhaitent pour la population de ces familles du territoire paroissial parmi les plus démunies. Vous pourrez également voir comment les aider à l´avenir à assumer leur engagement professionnel au service de ces populations en attente d´une réponse à leurs besoins les plus élémentaires d´accès à l´eau, à une alimentation équilibrée, aux soins médicaux, à l´éducation, au travail. Vous les aiderez enfin à penser et à vivre évangéliquement ces engagements en référence à notre tradition chrétienne et à sa doctrine sociale. Je compte bien sûr sur vous pour les recevoir dans cet esprit fraternel. 

 

Quelques mots enfin pour évoquer l´actualité de ces dernières semaines avec ses  problèmes, les difficultés rencontrées et les joies partagées. 

 

Nous n´avons toujours pas pu à ce jour commencer les travaux de construction de la chapelle d´Uspha Uspha. Il nous manque une autorisation administrative de la nouvelle municipalité qui n´a pas voulu entériner l´autorisation de la municipalité précédente. Toutes les autres démarches ont abouti et nous avons obtenu le financement à 80% grâce à deux institutions ecclésiales allemandes. 

 

Le jeune médecin Alberto arrivé il y a un mois pour travailler sur le secteur paroissial repart cette semaine à Oruro où lui est fait offert un travail bien rémunéré qui lui permettra de payer les études de sa sœur. Il a en plus un projet de vie familiale avec une médecin pédiatre. 

 

A l´heure où je vous écris, le disque dur de l´ordinateur de la paroisse vient de rendre l´âme. Nous venions d´acheter sur les conseils du technicien un transformateur nous permettant de réguler les variations fréquentes de distribution du courant dans ce secteur. Cela n´a pas suffi. Fort heureusement j´avais eu la bonne idée il y a quelques semaines de sauvegarder les principaux documents de Karina, notre « secrétaire de direction ». 

 

Je viens d´être nommé il y a quelques semaines pour 5 ans ( ?) comme membre du conseil presbytéral de l´archevêque. A ce titre, je suis maintenant invité à faire un effort de participation aux différentes réunions des prêtres diocésains au nom notamment de ceux qui travaillent à la périphérie sud est de l´agglomération. 

 

Nous avons retrouvé après 4 mois de séjour en Corée du sud notre sœur Marco ; elle est pour moi un soutien et une aide fraternelle précieuse au plan de l´animation liturgique. 

 

Je célèbrerai dimanche prochain le baptême de 5 adultes et de 3 ou 4 de leurs enfants après quelques semaines de préparation qui m´ont donné la possibilité de mesurer l´immensité de la tâche catéchétique à poursuivre dans ce domaine. 

 

Nous avons eu dernièrement sur deux quartiers un bon atelier d´adultes sur l´alcoolisme et ses conséquences grâce aux membres de la commission sociale. Ce soir ce même atelier se réalise sur un troisième quartier. 

 

La santé de Liliana s´est nettement améliorée ces dernières semaines depuis la fin de ces séances de chimio et grâce au travail de la physiothérapeute. Elle recommence à marcher et peut envisager de reprendre dans les prochains mois ses activités et son travail. Nous l´attendons bien sûr avec impatience. Sa place est toujours parmi nous. Avec elle et toute l´équipe du projet de construction du centre de prévention, nous avons travaillé à la rédaction de la nouvelle version qu´Elisabeth vous présentera lors de son séjour en France. 

 

J´ai eu la visite fin août de Pierre MARMILLOUD, prêtre au diocèse d´Annecy et « Fidei Donum » en Bolivie au diocèse de Potosi durant 17 ans si j´ai bonne mémoire. J´attends maintenant les visites de ces deux prêtres français Maurice CUSIN et Jean Claude SEGUIN qui s´annoncent dans les prochaines semaines après avoir vécu en Bolivie de longues années et particulièrement à Cochabamba où ils m´ont reçu fraternellement il y a 5 ans. 

 

Voilà pour l´essentiel cette fois-ci. Je vous redis en terminant toute mon affection fraternelle et mon amitié en espérant que ce nouveau courrier mensuel vous trouve chacun et chacune en bonne forme pour ce trimestre de rentrée scolaire. Bon courage au quotidien pour tout ce qui vous attend dans l´exercice de vos responsabilités respectives. 

A très bientôt de vos nouvelles 

Jacques DELORT 

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