JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (24)

Cochababamba lundi 7 septembre 2009

 

Chers amis, chers parents,

 

A l´heure oú dans l´hémisphère nord, les vacances se terminent pour ceux et celles d´entre vous qui ont pu en prendre cet été en France, à l´heure oú la rentrée des classes et la reprise du travail sont effectifs pour ceux qui ne sont pas encore à la retraite, dans l´hémisphère sud et plus particulièrement en Bolivie, nous vivons les prémices d´un nouveau printemps, l´apparition des premiers arbres en fleurs et l´espérance ici à Cochabamba des premières pluies sur une terre asséchée par le soleil et le vent, celle des contreforts de la chaine andine du massif du Tunari qui domine la ville à plus de 5000m.

  

A l´occasion de la journée du piéton hier dimanche, aucun transport n´étant autorisé, et n´ayant donc aucune possibilité d´aller sur le territoire paroissial à l´autre bout de la ville pour aller célébrer, j´en ai profité pour aller me promener sur les premiers contreforts du nord d´oú la vue sur Cochabamba donne à penser quant à la rapidité de son extension et à la configuration actuelle de son développement. Combien d´immeubles d´habitations et de sociétés  ont surgi de terre ces dernières années dans les quartiers riches surtout, combien de contreforts se sont peuplé de constructions de fortune dans les quartiers pauvres ! Et je me prenais à penser en contemplant le spectacle de cette expansion urbaine galopante, fruit d´une hémorragie d´émigration rurale continue : combien de foyers, de familles et de villages détruits comme conséquences de cet afflux massif de population vers la ville, combien de négociations d´hommes d´affaires et de politiques corrompus pour favoriser cette forme de développement urbain honteusement productrices d´injustices sociales et d´inégalités criantes !

 

Nous allons vivre ces prochaines semaines en Bolivie une campagne électorale certainement animée à l´heure oú le pays devient le théatre d´affrontements idéologiques dont le principal enjeu est le contrôle de l´exploitation des ressources naturelles et humaines du pays pour ceux qui en ce monde représentent le pouvoir de la finance, les grands trusts et les multinationales. Il faudra faire avec ces discours politiques peaufinés et enjôleurs qui n´ont d´autres intentions inavouées que celles de capter un électorat à coups de promesses soi disantes démocratiques mensongères.

A l´heure des résultats de ces élections début décembre, je serai en France parmi vous et lorsque je reviendrai au pays fin janvier, la population se sera donnée de nouveaux représentants au Sénat et de nouveaux gouvernants au plan national, soit pour prolonger les réformes populaires engagées depuis quatre ans sur la base de la nouvelle Constitution que s´est donnée le pays, soit pour revenir à une forme de pratique de la démocratie qui a toujours favorisé dans l´histoire de
la Bolivie les Puissants de ce monde et a fait que ce pays a toujours été jusqu´à une période récente le pays étatiquement et économiquement le plus pauvre d´Amérique Latine après Haiti.

 

Je ne veux pas me risquer à émettre pour vous une opinion politique à l´heure oú les personnes les plus inquiètes, les plus simplistes ou les plus ambitieuses et assoiffées de pouvoir de mon entourage attendent ici de votre part l´expression d´un jugement en faveur ou « en contra » des représentants du pouvoir en exercice. Je note simplement qu´il est toujours plus facile de tirer profit et partie des pouvoirs en place ou de s´opposer négativement et destructivement à ceux qui vous gouvernent par mandat reçu de leurs électeurs que de s´atteler solidairement à la construction d´un Etat. 

Tant de boliviens souffrent encore ici au pays de la malnutrition, du manque d´accès à l´eau potable, à l´éléctricité, au tout à l´égout, au logement, aux services publiques,  à la santé, à l´éducation gratuite, à la formation professionnelle pour un emploi qualifié…. Tant d´habitants vivent encore ici en victimes innocentes quant il s´agit des enfants, d´une forme de développement scandaleux car générateurs de tant d´inégalités et de formes de discriminations !

Le chemin de la conversion des cœurs et de la réconciliation nationale sera long et semé d´embûches pour ceux et celles qui au quotidien n´ont d´autres ambitions à travers leur engagement concret et solidaire que celles d´offrir à ce peuple l´espérance d´une vie meilleure pour leurs enfants et les générations boliviennes à venir.
La Bolivie a plus que jamais besoin d´hommes et de femmes politiquement, économiquement et socialement responsables, engagés solidairement, honnêtement et sans arrières pensées aux côtés des plus démunis, des victimes et des plus pauvres pour que ceux-ci puissent devenir à leur tour les acteurs responsables et citoyens dont ce pays a tant besoin.

 

Venons-en maintenant à commenter ce qui vous intéresse sans doute davantage, à savoir les évènements locaux et pastoraux de ces dernières semaines.

Je commencerai par mentionner notre préocupation de pouvoir offrir avec votre concours dans les années à venir à cette population du nouveau territoire paroissial les structures de travail nécessaires à ceux qui demain les feront vivre.

Les deux projets qui nous tiennent pour le moment le plus à cœur sont ceux de la construction d´une chapelle sur le quartier d´Upsha Uspha et d´un centre pastoral communautaire (« TUKUYPAC » = « ensemble » en langue Quechua) à caractère préventif, social, solidaire et écologique sur le haut quartier de Alto Litoral. Nous avons travaillé ces derniers temps à la rédaction et à la finalisation de ces deux projets pour pouvoir les présenter dans les prochaines semaines aux institutions susceptibles de nous obtenir le financement espéré. Pour la viabilisation de ces deux projets (construction, achat de matériel et première année de fonctionnement), il nous faut trouver au minimum la coquette somme de 250.000 $ soit environ  175.000 euros dont 140.000 euros pour la construction et la mise en route du centre pastoral communautaire. Les équipes de travail qui se sont attelés à la rédaction de ces deux projets sont composées, dans le cas de la chapelle, de personnes du quartier responsables et capables de suivre professionnellement l´exécution du projet, et dans le cas du centre pastoral communautaire d´un bon architecte qui a fait ses preuves, auquel nous avons associé les jeunes professionnels qui nous apportent leur collaboration depuis l´an passé dans les domaines médical, social, législatif et éducatif.

 

Dans les deux cas, le fruit immédiat de cette collaboration de plusieurs mois se traduit par la rédaction de ces 2 projets au service des habitants de ces quartiers. Nous tenons d´ores et déjà le projet de construction du centre pastoral communautaire à la disposition de ceux et celles d´entre vous qui pourraient nous aider à trouver des financeurs. Nous allons travailler dans les prochaines semaines à la rédaction de mini-projets annexes permettant aux éventuels financeurs de s´engager à nos côtés sur la base d´un soutien à la construction de chacune des unités ou modules que composera ce centre (prévention santé, service social, ateliers de formation adultes, jardins ouvriers, centre pastoral….).  Il faudra aussi bien sûr dans un proche avenir penser aux financements du voyage et séjour  de ces amis boliviens qui pourraient venir en France vous présenter ces deux projets et vous parler de leur travail ici sur ces quartiers au milieu de cette population à laquelle nous avons été envoyés et dont nous avons appris à partager l´espoir d´une vie meilleure pour leurs enfants.

 

Comme pour nous encourager à poursuivre nos efforts aux côtés des habitants de ces quartiers de la paroisse « Maria del Camino », nous avons reçu début août la visite d´une petite délégation allemande que connaissent les sœurs de St Joseph qui nous apportent leur collaboration depuis l´an passé ; elle nous a laissé un chèque de 4000 $ au profit des enfants du quartier de Alto Miraflores. Cet argent nous sert pour une part à couvrir les frais de construction engagés cette année par la paroisse et d´autre part à offrir quotidiennement à plus de  80 enfants un complément alimentaire sous forme de goûter matinal (lait enrichi et pain fait par les mamans du quartier). Nous espérons de la sorte poursuivre l´aide (pastorale, sociale, éducative) apportée jusque là tant sur les quartiers d´Uspha Upsha, Alto Miraflores, Mineros San Juan pour ne citer que ceux-là, grâce au soutien financier personnel ou associatif de chacun d´entre vous depuis mon arrivée ici (dons récoltés lors de mes deux séjours en France, parrainages, participation aux efforts de deux associations Cochateauroux et Giltzarria qui nous apportent généreusement leur concours).

Cette année, nous employons à mi-temps une jeune médecin Isabelle et une dentiste Eldemira en plus des 4 agents pastoraux membres de l´équipe d´animation pastorale que nous pouvons rémunérer grâce en partie à la participation des chrétiens du diocèse de Bourges qui m ´a envoyé il y a bientôt quatre ans en Bolivie.

 

En ce mois d´août, nous avons également renouvelé avec
la Société des laics de Saint Vincent de Paul le contrat de mise à dispostion d´une petite maison («Natanael » nom d´un jeune des Etats Unis décédé de maladie et dont les parents ont participé à l´achat et au financement des travaux de réfection) qui nous sert de centre paroissial sur le quartier de Mineros San Juan. Nous avons célébré une première messe dans le nouveau salon de cette maison et nous travaillons avec difficultés à la mise en place d´une petite équipe pastorale sur ce quartier de 7000 habitants.

 

Nous avons accueilli durant ces semaines d´été une jeune française, Charlotte, originaire du pays basque, qui s´est donné généreusement  pour objectif de donner quelques cours d´initiation d´expression théatrale aux enfants et à leurs animateurs étudiants de l´association de soutien scolaire « Hermanos Mayores ». Elle a également apporté son aide aux deux sœurs péruviennes et aux étudiants du quartier d´Alto Miraflores et s´est fait je crois quelques bons amis boliviens avec lesquels elle souhaite poursuivre cette forme de partage solidaire dont elle rêve sans doute pour bien d´autres jeunes comme elle. Nous aimerions à ce sujet que le futur centre  « TUKUYPAC » puisse accueillir et loger sur place pour quelques semaines ou mois des volontaires comme Charlotte. 

 

Ces derniers jours, nous avons accueilli à son retour en Bolivie Rodrigo un des deux étudiants de l´Institut supérieur d´Agronomie, qui, grâce à l´association Guiltzaria, a pu séjourné 7 semaines au pays basque dans le cadre d´une convention de stage signée l´an passé avec le lycée Jean Errecart de Saint Palais. Aujourd´hui, nous espérons à travers ces deux étudiants boliviens et leur professeur réaliser un travail de formation auprès des enfants des quartiers et de leurs familles pour les aider à avoir leur petit bout de jardin et réaliser quelques plantations d´arbres fruitiers et autres entre leurs maisonnnettes.

 

Le travail  à proprement parlé pastoral de ces dernières semaines a consisté pour moi à célébrer en des circonstances très diverses cette Alliance indestructible de Dieu et ce don de

la Vie Eternelle scellés en Jésus Christ reconnu comme Sauveur des hommes par les chrétiens.

En ce mois d´août, nous avons surtout honoré et célébré sur ces quartiers la participation glorieuse de
la Vierge Marie à la vie du Christ ressuscité. En dehors de la célébration des messes dominicales et de quelques messes « recordatorias », j´ai eu l´occasion d´aller bénir la maison de la famille d´un jeune papa de trois enfants mort par pendaison et d´aller célébrer l´anniversaire de la mort accidentelle de deux enfants de 11 et 13 ans ; j ai aussi célébré le baptème d´un jeune de 18 ans OMAR, et en dehors de la paroisse partager une célébration et une soirée avec la famille de la jeune médecin Isabelle qui nous apporte sa collaboration. Il y eut encore tout récemment une célébration dans le collège d´un jeune professeur du nord de la ville.

Je note pour ma part une certaine lassitude dans ce travail pour lequel je n´ai pas encore de collaborateur ; ces dernières semaines, j ai du demander aux deux sœurs péruviennes de m apporter leur collaboration et de se rendre à ma place dans les familles pour des célébrations de
la Parole.

Pour vous donner un autre exemple de la difficulté à gérer ce genre de demandes de célébrations, j´ai du refuser pour le lundi 14 septembre, (Croix glorieuse et fête de la libération de Cochabamba) mon jour normalement de repos, trois des quatre célébrations qui m´étaient demandées avec insistance.(fète annuelle auprés d´une vieille église en ruine perdue dans la campagne, fête anniversaire de la ligne 119 des chauffeurs de taxi et fête du jour dans un salon de fêtes de quartier).

En clair, si vous connaissez un prêtre français ou un diacre, ou quelques laics avec expérience pastorale et une bonne connaissance de l´espagnol qui souhaitent donner quelques années de sa vie à la construction de cette nouvelle paroisse, ils seront les bienvenus ici le plus rapidement possible sachant que les prêtres diocésains boliviens n´ont pas encore exprimés le désir de venir travailler sur ces quartiers et dans les conditions que nous connaissons.

 

Je terminerai en évoquant mon prochain séjour en France. Il y aurait d´autres aspects de ma vie à commenter ici par courrier ; je tâcherai de le faire de vive-voix lors de ma visite à chacun de vous et de ces rencontres qu´il va nous falloir programmer dans ce court laps de temps de 7 semaines.

Je serai sauf imprévu sur le sol français dans l´après midi du mercredi 2 décembre. Mes premières visites seront pour Châteauroux oú j´ai gardé mes affaires et des amis, pour
la Corrèze oú vit ma maman, et pour la famille qui se réunira à Bordeaux pour les fêtes de NOEL et les 90 ans de la maman. Je compte également durant ce mois de décembre consacrer quelques jours aux amis et commnautés du diocèse de Bourges qui souhaiteraient me rencontrer, disons la semaine du 13 au 20 décembre. Je prendrai sans doute quelques vacances aux alentours du premier janvier. Je peux ensuite me rendre disponible pour quelques déplacements entre le 10 et le 24 janvier. Je vous suggère dans ce sens de m´écrire dès que possible pour ceux et celles qui ont quelques propositions à me faire de manière à pouvoir établir et vous communiquer ensuite un agenda de visites et de rencontres en fonction de vos souhaits et de mes disponibilités. Quant au problème des déplacements et du mode de transport, il faudra bien sûr compter à cette période avec les conditions climatiques. Je préfère dans ce sens imaginer utiliser plutôt le train que la voiture, sauf bien sûr si tel ou tel d´entre vous a une proposition intéressante de prêt de véhicule à me faire pour une période déterminée. Là encore, je compte sur votre disponibilité et votre contribution pour me permettre de faire ses déplacements.

Voilà pour l´essentiel ce mois-ci.

 

En terminant ce courrier, je voudrais remercier ceux et celles d´entre vous qui m´envoient de temps à autre de leurs nouvelles et qui souhaitent de cette façon entretenir nos relations d´amitié. Je ne leur  réponds pas toujours et dans les délais, qu´ils m´en excusent.

Merci également à ceux et celles qui continuent de me soutenir par leurs prières. Le travail apostolique s´alimente, vous le savez bien, de la prière de ceux et celles qui savent être quotidiennement auprès du Seigneur les porte paroles et intercesseurs de leurs frères et sœurs en mission. Et je sais que certains d´entre vous vivent cette fidélité là.

Merci enfin à ceux et celles qui participent sous une forme ou sous une autre à la vie économique des habitants et des bénévoles de ce nouveau territoire paroissial qui ont tant de besoins en ces premières années de vie éclésiale. Votre aide nous est particulièrement précieuse à cette étape de la vie paroissiale naissante et il nous faudra encore compter quelques années sur votre générosité et dévouement pour que les responsables de ce nouveau secteur pastoral puissent obtenir de leurs habitants une forme de participation solidaire et « autosostenible ».

Enfin, si vous pouvez nous mettre en contact avec des personnes, associations, institutions civiles ou religieuses susceptibles de nous aider à obtenir une partie de l´aide économique dont nous avons besoin dans le cadre des deux projets présentés plus haut, n´hésitez pas à nous répondre dans ce sens.

 

Ce courrier aura été plus long que d´habitude, que me pardonnent ceux qui n´ont pas trop de temps à consacrer à la lecture.

 

A très bientôt à chacun ; bon courage pour ces semaines de reprise et de rentrée.

Un cariñoso y fraterno abrazo a todos. 

Jacques Delort 

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