JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (22)

Cochabamba lundi 25 mai 2009

Chers parents, chers amis,

Nous voilà déjà à la fin du mois de mai et pour vous s´approchent la fin de l´année scolaire et la période estivale des vacances, tandis qu´ici l´hiver est proche, les nuits se font nettement plus froides et le temps beaucoup plus sec avec un ciel bleu le plus souvent sans nuage.

Nous vivons ces jours-ci au sud du pays les fêtes du bicentenaire de l´Indépendance de la Bolivie dans le département de Chuquisaca, capitale Sucre. Elles ont été marquées par une volonté affirmée du gouvernement de rendre hommage aux victimes l´an passé d´une manifestation d´hostilité et de racisme manifestée à l´égard de paysans venus à la ville de Sucre par une petite frange d´ultra nationalistes qui ne peuvent accepter les évolutions irreversibles de mentalité que vit le pays.

La situation politique et économique de la Bolivie fait l´objet de commentaires bien dífférents selon les points de vue idéologiques et positions corporatistes exprimés. Il est difficile dans un tel contexte de dire ce que seront les résultats des prochaines élections présidentielles de décembre comparées aux précédentes. Pour l´heure, les forces d´opposition sont plutôt divisées et ne semblent pas en mesure de s´accorder sur quelque candidat que ce soit, capable d´affronter avec quelques chances de l´emporter le duo présidentiel Evo Morales et Garcia Linera encore bien populaire. Et puis l´actualité judiciaire est marquée par ces différents procès en cours instruits aux dépens des auteurs des récents attentats terroristes et des responsables politiques des gouvernements précédents qui ont trouvé asile politique aux Etats Unis ou au Pérou plus récemment.

Pour les uns, les autorités actuelles entrainent le pays sur la pente dangereuse d´une forme de dictature populaire avec une volonté affirmée de contrôle de tous les pouvoirs, pour les autres, la Bolivie vit une nouvelle page de son histoire pleine d´espérance qui passe par la reconquête progressive des pouvoirs de l´Etat au bénéfice du peuple, principale victime jusque là des pouvoirs dictatoriaux, militaires ou ultra libéraux des précédents gouvernements.

Au plan économique, nous vivons également pour certains une période de crise mal gérée par le gouvernement, pour ce qui concerne par exemple l´industrie minière ou du gaz, l´ouverture et l´entretien des routes, ou encore le commerce avec les Etats Unis de “la ropa usada”, la vente des voitures d´occasion ou les échanges commerciaux avec les Etats Unis ou l´Europe. Pour d´autres le pays vit une période de relative croissance de 2,5 à 3% de son PIB qui en fait un des 4 pays d´Amérique latine à affronter au mieux la crise mondiale; ses réserves monétaires bancaires sont plutôt bonnes et les perspectives de développement s´affirment dans bien des secteurs de la petite et moyenne entreprise notamment.

Le gouvernement a récemment pris de bonnes mesures visant à faire respecter les droits des travailleurs et celui des femmes enceintes ou mères d´enfants de moins d´un an.

La France contribuera pour sa part à assainir une situation administrative marquée par la corruption de ses fonctionnaires d´Etat en aidant à la formation de ceux-ci aux plus hauts postes de responsabilités pour développer dans les mentalités à travers eux le sens du service aux citoyens à tous les niveaux d´exercice de la fonction administrative.

Du lieu oú je me trouve, il est bien difficile de se faire une idée juste et précise de la situation; je m´en tiens donc aux commentaires radio ou télévisés.

Sur le terrain, je m´affronte depuis trois ans et demie passés aux mêmes problèmes, situations et difficultés vécues par les plus pauvres dans un contexte de développement périurbain qui ne leur bénéficie en rien, dans les domaines par exemple de l´accès au travail, aux soins, aux services sociaux, à l´eau, aux traitements des ordures ou à l´assainissement.

Il y a eu quelques petites améliorations dans l´aménagement de la voierie ou l´accès à l´électricité ou à l´éducation, mais cela avance très lentement et le fossé est toujours aussi grand entre la population du centre ou du nord de la ville et celle du sud. La ville continue de se développer et les familles du rural de venir à la périphérie au moins dans ce secteur oú je travaille. Nous sommes toujours confrontés dans certains quartiers aux problèmes de ventes illégales de terrain et à la difficulté d´obtenir des droits de propriété sur l´achat de terrains. Je pense en évoquant cette question à la demande que nous ont faits les membres de l´association française du pays basque “Giltzarria” d´étudier le problème dans la perspective d´une prochaine construction de centre communautaire ou social. J´en profite pour dire que nous avons peut-être trouvé une solution à la limite de deux districts rural et urbain Alto Miraflores et Alto Litoral. Je vous en dirai plus dans le prochain courrier.

Ceci pour vous redire que l´un de nos problèmes les plus urgents sur le territoire paroissial est bien celui du manque d´infrastructures ecclesiales et communautaires. L´archevêque au cours de sa visite il y a quelques semaines en a pris conscience et s´est engagé à nous apporter son soutien dans les prochains mois dans la mesure oú il souhaite avec son conseil pour ce secteur l´érection canonique de la  nouvelle paroisse à la construction de laquelle nous travaillons depuis maintenant deux ans. Nous fêtons d´ailleurs ce samedi 30 mai son deuxième anniversaire avec l´ensemble des responsables bénévoles qui nous apportent leur collaboration. 

Nous pensons donc dans l´immédiat à récolter des fonds pour deux projets, et ce pour répondre à la demande des habitants, l´un de construction de chapelle sur le quartier le plus ancien d´Uspha Uspha, l´autre de centre communautaire sur l´un des deux quartiers précédemment signalés.

Devant la maquette de la future chapelle

Dans un tel contexte, il m´est bien difficile de penser à un retour définitif en France selon les termes du contrat Fidei Donum de 5 ans signé en 2005 entre nos deux diocèses par l´intermédiaire de la Conférence Episcopale France Amérique Latine. La question a été abordé avec l´archevêque de Cochabamba qui vient d´adresser une lettre à l´archevêque de Bourges; nous voyons donc actuellement la possibilité d´une prolongation de ce contrat pour me permettre d´accompagner jusqu´à son terme ce processus de formation de la nouvelle paroisse “Maria del Camino”. Dans ces conditions, je me prépare à un séjour en France à la fin de cette année pour un temps de repos bien sûr mais aussi pour étudier avec ceux d´entre vous qui souhaitent continuer à nous soutenir ici dans la mission qui m´a été confiée les conditions pastorales et économiques auxquelles je pourrais revenir ici le temps nécessaire à l´achèvement de ce projet.

Je voudrais donc profiter de ce séjour de fin d´année pour vous partager nos espérances de voir ce projet aboutir dans les prochaines années avec votre concours comme église diocésaine ou tout simplement comme amis et personnes de bonne volonté pour reprendre une expression chère au bon pape Jean XXIII. L´enjeu est de taille il me semble au regard de ce qui pourrait être un forme nouvelle de coopération ecclésiale interdiocésaine ou tout simplement solidaire humainement, pensée et désirée dans la durée. Si nous voyons au plan des relations intercontinentales, et dans le cas présent franco-boliviennes, un intérêt à développer et renforcer les liens qui se sont créés entre nos deux églises, il nous faut au delà de ma personne pouvoir instituer dans les années à venir la pérennité de l´oeuvre par une forme de participation accrue à cette forme d´échanges solidaires dont vous êtes les premiers acteurs économiques. Je le redis encore une fois au risque de me répéter: sans votre aide économique généreuse jusqu´à ce jour et à la mesure de vos moyens, je n´aurais rien pu entreprendre ici en votre nom. Il s´agit bien d´une oeuvre collective dont les premiers bénéficiaires sont les boliviens du secteur oú j´ai été envoyé, mais dont vous pourriez être chacun bénéficiaires à votre tour si l´action pastorale en cours  pouvait déboucher un jour sur une forme de jumelage institutionnel au delà de ma personne. L´archevêque m´a plusieurs fois évoqué dans ce sens l´exemple de ces paroisses d´Italie jumelées depuis des années avec des paroisses du diocèse de Cochabamba ou de Santa Cruz et qui participent chacune à sa manière de cette dynamique de co-développement par l´échange entre autre de leurs délégations. Il nous faut je crois travailler à promouvoir en région Centre notamment ces échanges franco-latinos qui ne peuvent qu`enrichir culturellement et spirituellement nos communautés dans l´avenir si nous pouvons les inscrire dans la durée au delà de nos personnes.

Je concluerai cette réflexion un peu plus long que d´habitude par quelques commentaires relatifs à l´actualité pastorale du mois.

Notre équipe d´animation pastorale s´est augmentée de l´arrivée de Liliana, une jeune étudiante en année de thèse. Nous la connaissions comme catéchiste, elle nous collabore maintenant aussi en comptabilité, domaine qui était celui de Lizet aujourd´hui heureuse maman qui ne travaille plus qu´à mi-temps mais pour le service diocésain de la pastorale des migrants.

Nous avons également accueilli récemment deux jeunes soeurs missionnaires Aymara boliviennes Valeria et Rosemary originaires des Yungas de La Paz et qui viennent deux à trois fois par semaine faire des visites aux familles et proposer leur service en catéchèse. Ce service s´est également augmenté de trois jeunes collégiens qui font leurs premières armes en la matière car ici on commence tôt avec l´aide des aînés quand on a la maturité suffisante. Il y avait ainsi 14 catéchistes à la dernière rencontre paroissiale au cours de laquelle tout le monde s`est bien détendu et a pu faire plus ample connaissance.

quelques jeunes catéchistes autour de Jacques

Nous poursuivons notre travail de mise en place d´une comission sociale paroissiale à partir des quelques fonds que j´avais pu récolter auprès de vous à l´occasion de mon dernier séjour en France. Nous avons pu ainsi venir en aide à un certain nombre de familles en difficultés tant sur le plan de la santé que sur celui de l´alimentation. Les fonds s´épuisent malheureusement plus vite que prévu et nous sommes aujourd´hui tenu de limiter notre aide et de la réserver aux cas les plus urgents gràce à la contribution de 4 ou 5 d´entre vous qui nous aident à parrainer quelques enfants de familles en danger. Nous aimerions bien sûr faire bien d´avantage avec la collaboration de quelques jeunes professionnels boliviens. J´ai récemment demandé dans ce sens à un médecin directeur d´hôpital et responsable d´un petit centre de soins privé de nous apporter son concours, (mais à quel prix, nous ne savons pas encore si nous pourrons nous engager dans cette voie?) sur un des quartiers les plus déshérités du secteur. Nous lui demandons de nous mettre à disposition un médecin et une infirmière une journée par semaine et ce durant six mois pour répondre aux besoins d´une population qui n´a pas réellement accès aux services de santé. Nous souhaitons que cette petite équipe fasse un travail de prévention et travaille d´autre part avec nous à la rédaction d´un rapport faisant état d´ici la fin de l´année des besoins et des carences en ce domaine. Nous poursuivons l´espoir un jour prochain d´obtenir par votre intermédiaire et avec votre concours le financement d´un projet d´attention médico-socio-éducatif au bénéfice de cette population marginalisée. 

Il y a cette année un bon groupe d´une vingtaine de jeunes qui se préparent à la confirmation et ce grâce à un jeune étudiant infirmier Adolfo qui se consacre plus particulièrement à eux depuis qu´il vit avec sa compagne sur le territoire paroissial.

Karina notre avocate et ma filleul ne travaille plus avec le service diocésain de la pastorale des migrants qui n´a plus les moyens de la dédommager de ses services. Comme elle cherchait un autre travail à mi-temps pour compléter son travail en paroisse, je lui ai proposé d´offrir ses services d´avocate à partir des bureaux paroissiaux les jours oú elle est libre et ce en l´aidant économiquement à se lancer les trois premiers mois.

Edelmira est notre nouvelle recrue comme dentiste; ellel travaille également en matinée dans les locaux paroissiaux et a commencé ce mois-ci après une révision complète du matériel à recevoir ses premiers clients. Avec 7 ans d´expérience professionnelle et une réelle envie de nous aider dans un travail de prévention auprès des enfants, je crois qu´elle devrait intégrer l´équipe sans grandes difficultés.

La récente visite pastorale de notre archevêque à la rencontre des différents groupes et de leurs responsables a été appréciée de chacun. Jusque-là la plupart des adultes ne l´avaient vu qu´à la télévision; quant aux enfants les plus petits, ils se sont demandé un temps qui pouvait bien être ce personage un peu âgé et mystérieux avec son chapeau noir. Nous espérons bien sûr des retombées de cette visite en terme d´une  collaboration plus étroite dans l´avenir.

Au plan diocésain, nous sommes associés avec prêtres, laics et religieux à un travail de réflexion et de rédaction d´un nouveau plan pastoral; dans la suite de la rencontre des évêques d´Amérique latine à Aparecida au Brésil l´an passé, la “mission permanente” a été lancée à Cochabamba ce mois-ci par les évêques de la Conférence épiscopale. De fait, notre Eglise a un constant effort de proximité et de présence au monde d´aujourd´hui à faire en matière d´évangélisation si Elle veut que puissent agir comme un ferment ou un levain toutes ses valeurs humaines et spirituelles qui nous sont transmises depuis près de deux mille ans par les témoins de la charité du Christ.

Ce mois-ci j’ai eu par deux fois l´occasion d´aller célébrer dans des collèges de l´Etat, chose impensable dans un contexte français. Ce jour-là, jour anniversaire de l´établissement, tous les professeurs et élèves sont rassemblés dans la cour principale pour la célébration eucharistique suivie dans chaque cas d´une petite fête faisant honneur de façon créative et récréative à la communauté éducative. Pour ce que j´ai connu des relations profs-élèves en France, les relations me semblent ici meilleures, plus respectueuses et “cariñosas” de part et d´autres.

L´aprés midi de Pentecôte, je serai dans un autre collège de la paroisse, privé cette fois, pour célébrer le 5º anniversaire de la fondation du projet éducatif.

Nous avons accueilli ce mois-ci 3 jeunes français de passage; la première Pauline Crépin, kinésithérapeute berrichonne, a séjourné à la maison 3 jours avant de reprendre la route pour un périple qui l´a amené durant 4 mois à visiter l´Argentine et le Chili. Les deux autres, Ellande et Guillaume, sont étudiants du lycée d´enseignement supérieur Jean Errecart au pays basque et sont venus pour un stage de 5 semaines à Cochabamba (voir les commentaires sur le blog de l´association Giltzarria (http://www.giltzarria.com/).

Visite de 3 jeunes français

Nous avons également accueilli la soeur Brigitte Flourez de la Délégation Catholique pour la Coopération venue rencontrer les différents volontaires actuellement en poste en Bolivie dont deux d´entre eux à Cochabamba.

Et pour les quelques uns d´entre vous qui la connaissent, leur signaler que j´ai eu également la visite de Elena de Sucre venue quelques jours travailler avec les responsables boliviens des équipes enseignantes.

Voilà pour l´essentiel. J´ai certainement oublié bien des choses, mais le temps me manque. 

Je terminerai en vous disant que muni de mon certificat définitif de résident étranger en Bolivie, je peux maintenant envisager l´avenir sans souci de renouvellement de visa.

Je suis toujours heureux de recevoir de vos nouvelles; il m´est parfois difficile de vous répondre personnellement. J´espère que cette lettre mensuelle vous permet de me porter dans votre prière et de me garder votre amitié.

A chacun, je redis mon affection fraternelle et ma joie de vous revoir dans quelques mois.

En attendant un prochain courrier, que cette lettre soit l´expression de ma profonde gratitude et sympathie.

Bonnes fêtes de Pentecôte…..A très bientôt….Jacques Delort 

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