JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (19)

Cochabamba mercredi 4 février 2009

 

Bonjour à tous, parents et amis !

 

Un grand merci tout d´abord à ceux et celles qui en ce début d´année, à l´occasion des fêtes, ont pris le temps de me partager quelques nouvelles et de m´offrir leurs voeux.

Je n´ai pas encore répondu à tous; à ceux qui ont été les oubliés de ma part, que cette lettre mensuelle soit le garant de cette amitié que je voudrais pouvoir continuer à tisser avec chacun de vous au fil de ce séjour bolivien. Je répondrais plus personnellement à ceux-là dans les prochaines semaines.

 

Il y aurait comme chaque mois bien des évènements à répertorier et à commenter si je pouvais y consacrer le temps nécessaire. Je me limiterai cette fois encore à énumérer les faits plus marquants de la vie quotidienne.

 

Nous toucherons bientôt à la fin de la saison des pluies si je m´en réfère au changement de temps de ces derniers jours; encore quelques semaines et le temps chaud et sec s´imposera à nouveau. Pour l´heure, nous sommes encore en plein été, une saison qui a été bien humide cette année et qui a provoqué cette épidémie de “dengue” dont vous avez certainement entendu parler. Ces derniers jours, on signalait plus de 7000 cas dont quelques uns mortels lorsque la maladie devient hémorragique. Cette épidémie concerne surtout les régions tropicales de basses terres là oú il y a eu notament des inondations et oú l´eau a stagné. Les autorités sanitaires mettent de façon permanente les populations en garde leur demandant de nettoyer et de tenir propres les abords de leurs habitations, là oú il y a des risques de prolifération des moustiques à cause des eaux stagnantes.

 

Ce début d´année a été celui du réferendum pour l´approbation de la nouvelle Constitution; vous en avez sans doute entendu parler pour ceux qui suivent l´actualité bolivienne et latino américaine. Au delà des résultats commentés de diverses manières, reste la question de son application dans les mois et les années à venir; pour les uns il s´agit d´un processus de refondation démocratique, pour les autres, les boliviens courent le risque à travers les changements envisagés d´une profonde division du pays.

 

Ce qui est sûr, c´est que les querelles de pouvoir n´ont jamais été aussi manifestes avec leurs conséquences. La corruption continue de faire des ravages à en croire le nouveau procès fait à Santo Ramires, l´ex-président par intérim de la société nationale des raffineries de pétrole de Bolivie (YFPB). A la clé, l´assassinat d´un ingénieur et une tentative avortée de détournement de 450 millions de dollars.

 

Bref, à en croire les commentaires, le président Evo Morales n´a plus le choix, sa lutte contre la corruption généralisée est une priorité tout d´abord au sein de son propre gouvernement et de son propre parti, le MAS, s´il veut pouvoir poursuivre avec ce niveau de popularité qui lui a permis jusque là d´exercer le pouvoir.

Quant à l´opposition, elle reste divisée et très négative dans son appréciation des faits, rares sont ceux qui savent en son sein faire preuve d´objectivité dans leurs commentaires.

 

Dans l´actualité, ce sont en fait le plus souvent les réactions épidermiques, passionnelles, voire irrationnelles qui font la une des medias.

 

Ce mois de février est celui de la rentrée des classes dans tout le pays. Depuis quelques jours la ville est une véritable fourmillière de collégiens en blouse blanche ou en uniforme. La rentrée fut difficile dans un certain nombre de cas et pour diverses raisons. Certains collèges connaissent des problèmes de changement de direction imposés par les autorités et non acceptés par les parents ou professeurs, d´autres sont en sur-effectif ou offrent des locaux inadaptés ou en mauvais état.

Le gouvernement, à travers l´application de la nouvelle Constitution, envisage de profondes réformes des programmes visant à contrôler de manière plus stricte l´éducation donnée dans les collèges privés ou sous contrat. Nous vivons aujourd´hui dans un pays laic, et bien des catholiques ont peur à tort ou à raison.

 

Il faut dire qu´une bonne partie de la population a été jusque là discriminée dans son désir de pouvoir offrir aux enfants boliviens une éducation de qualité et les mêmes chances à tous. Un simple exemple: là oú je vis, au nord de la ville, les deux collèges les plus proches sous contrat demandent entre 450 et 600 boliviens par mois de participation aux parents, l´équivalent d´un SMIG. Dans le même temps, sur le territoire parroissial oú je travaille à 15 kms de là, le collège d´Etat est gratuit, mais les professeurs ont bien peu de moyens et les locaux sont insuffisants et en mauvais état. Un certain nombre d´enfants n´ont même pas de quoi s´offrir un cartable, un cahier ou un crayon et le niveau d´enseignement est très faible.

Dans l´immédiat, l´uniforme et l´hymne national  joué et chanté chaque lundi matin dans toutes les unités éducatives continuent à donner le change et un semblant d´unité à la vie scolaire  !

 

Venons en dans cette deuxième partie de la lettre et pour terminer à l´actualité pastorale de mon ministère de prêtre.

Cette période de janvier a été un peu étrange; la plupart des agents pastoraux bénévoles qui nous offrent leur collaboration était en vacances; pas ou très peu de réunions, même chose pour les célébrations.

 

La population des quartiers de la paroisse s´est également dispersée durant ces dernières semaines, les uns pour rejoindre leurs terres d´origine, les autres pour faire du négoce en ville ou s´employer dans de petits boulots avec leurs enfants. Et pour ceux qui ont quelques économies, c´est le moment de travailler à la construction ou à l´aménagement de son lieu de vie ou lopin de terre quand il ne pleut pas.

 

Nous en avons profité de notre côté pour engager quelques menus travaux sur les lieux oú nous menons une action pastorale prioritaire, principalement le quartier de Alto Miraflores, depuis l´année dernière. Nous avons fourni le matériel dans ce cas et laisser deux ou trois papas se débrouiller des travaux demandés; cela leur a fait à chacun un emploi bien rémunéré pour cette période.

 

Nous accompagnons également un projet de construction de chapelle sur le quartier de Uspha Uspha à la demande des habitants. Le projet est chiffré (80000 $), les plans et la maquette ont été présentés à la population par l´architecte, les permis de construire ont été donnés par l´autorité municipale; mais voilà qu´au moment de déposer le dossier pour sa rédaction et approbation à l´archevêché, on nous annonce la fermeture de la commission des projets, le licenciement de 3 des 5 membres de cette commission qui clotûre ses comptes avec un déficit très important pour l´année 2008. Et ce n´est pas le seul cas à l´archevêché, la commission de pastorale pénitentiaire a du également cesser ses activités pour les mêmes raisons. En clair, même au sein de l´Eglise, le problème d´une gestion honnête des fonds alloués pour les projets demeure, et à l´heure de rendre des comptes, il faut parfois se rendre à l´évidence, les personnes honnêtes, de bonne moralité et de confiance ne sont pas toujours celles que l´on pense….

 

Au chapitre des célébrations, j´ai eu la joie de pouvoir me réunir avec quelques familles en diverses occasions, notamment pour des baptèmes et premières communions d´enfants. Je joins à cette lettre quelques photos pour en témoigner.

 

COMUNION

 

Nous avons profité de ces congés pour travailler avec les responsables des groupes de soutien scolaire qui petit à petit apprennent à travailler en collaboration comme membres de cette nouvelle association de “Hermanos Mayores” qui doit son existence et la possibilité de mener ses actions au soutien de l´association “Guiltzarria” dont je vous ai parlé à maintes reprises. Je vous renvoie pour plus d´informations à leur blog et page web: http://giltzarria.unblog.fr 

Hier, nous avons travaillé avec quelques professeurs de l´Ecole Technique Supérieure d´Agronomie de l´université San Simon à l´élaboration d´un projet pédagogique dont les enfants et leurs familles sont appelés à être les bénéficiaires sur les quartiers de soutien scolaire.

Nous aurons à partir du 15 février la joie d´accueillir à la maison une petite délégation de Guiltzarria de 3 adultes et 3 enfants qui viennent se rendre compte sur place du travail accompli par les bénévoles ces deux dernières années.

Les inscriptions sont en augmentation et le projet prévoit un accueil d´environ 150 à 200 enfants. Nous devrions mettre en place avec l´aide d´une congrégation péruvienne un déjeuner scolaire sur un des quartiers et démarrer un nouveau groupe sur un quatrième quartier un peu isolé.

La semaine dernière, ce sont une centaine d´enfants qui ont pu aller passer la journée à un balnéarium; la joie se lit sur leurs visages quant on songe que beaucoup d´entre eux n´ont pas d´eau potable sur leur quartier…

 

Balnearium

 

Deux jours auparavant, les 13 et 14 février, je reçois à la maison la visite de Mons. Marc Stenger, évêque de Troyes et accompagnateur de la comission épiscopale France Amérique latine. Il est parti de France depuis la mi-janvier pour participer à une rencontre des délégués du CEFAL à Haiti et pour une courte visite en Bolivie en ce mois de février. Nous aurons très certainement l´occasion de faire le tour des quartiers du territoire paroissial s´il n´est pas trop fatigué et d´évoquer avec l´archevêque de Cochabamba et les agents pastoraux qui m´offrent leur collaboration quelques unes des réalités vécues par la population migrante de ces nouveaux lieux de vie à la périphérie de la ville.

 

Je terminerai cette lettre en évoquant pour ce mois de février la reprise des activités pastorales et des réunions de catéchistes, de parents et de bénévoles ces prochaines semaines. Avec le retour des deux soeurs péruviennes de leur pays, avec le congé maternité de notre secrétaire comptable et l´embauche temporaire d´un étudiant infirmier le temps de ce congé, avec la venue de nouveaux volontaires étudiants, avec le démarrage de ce petit atelier de boulangerie pour quelques femmes du quartier d´Alto Miraflores, avec la mise en place de ce petit déjeuner scolaire, ce sont de nouvelles dymaniques de travail pastoral et social qui se profilent et dont je vous rendrai compte dans les prochains courriers.

Je remercie en passant les responsables de l´association Cochateauroux qui viennent de nous annoncer leur soutien financier pour cette année 2009, notamment pour l´achat d´un four à fabriquer ce pain si nécessaire au quotidien pour un grand nombre de ses familles privées de travail et de ressources.

 

Un mot pour vous dire en terminant que j´accompagne toujours mais avec moins de disponibilité comme assesseur le service diocésain de la pastorale des migrants qui depuis peu reprend ses activités. L´équipe est appelée à se renouveler pour plusieurs de ses commissions de bénévoles et un nouvel administrateur vient d´être embauché pour le foyer  d´accueil des migrants. La volontaire française de
la DCC Delphine qui y travaille depuis 3 mois a connu quelques problèmes de santé en janvier et se remet petit à petit avec le sourire et heureuse de pouvoir vivre cette expérience même si les conditions de travail sont loin d´être satisfaisantes.

 

Je conclue  en vous remerciant chacun et chacune pour votre soutien amical et fraternel, que ce soit celui de la prière, de l´échange de nouvelles ou du soutien économique à la vie de ce nouveau territoire paroissial “Maria del Camino” qui me vient à travers le diocèse de Bourges ou  l´une des deux associations mentionnées plus haut. Sans vous, je ne pourrais pas vivre ici la mission qui m´a été confiée. Grâce à vous et à travers moi, c´est un peu de notre solidarité humaine, culturelle et spirituelle française qui est partagée à ce jeune peuple bolivien; il mérite vraiment toute notre amitié et notre plus grand respect pour son courage et les efforts démocratiques qu´il déploie à se réformer en profondeur.

 

 

En attendant de vous lire, je vous redis le soutien de ma prière et de ma comunion fraternelle au jour le jour. 

Bien affectueusement à chacun et chacune.

Jacques Delort

 

 

P.S.

 

1.      Les parrainages d´enfants sont toujours d´actualité pour ceux ou celles d´entre vous qui souhaiteraient apporter aux familles en difficulté de notre secteur un soutien plus personnalisé en matière d´éducation ou de complément alimentaire. Je tiens à votre disposition les fiches sociales composées par les membres de la comission sociale. Merci de vous signaler nommément dès que possible.

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