JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (16)

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Mercredi 5 novembre 2008 

 

Chers parents, chers amis, 

 

Avec un peu de retard cette fois-ci, vous m´en excuserez, vous parvient le courrier mensuel. Il n´est pas toujours facile au quotidien d´une vie bien occupée et parfois pleine d´imprévus d´honorer ses engagements. 

Ce mois d´octobre aura été marqué en premier lieu par le partage de la vie à la maison avec Delphine et Jacques. Je n´ai pas vraiment beaucoup de temps à leur consacrer et eux-mêmes ont déjà diverses activités et une bonne partie de leurs journées occupées par l´étude de l´espagnol. Nous partageons un même toit et souvent une même table et c´est l´occasion de quelques échanges amicaux. Jacques devrait aller faire un petit séjour à
La Paz El Alto chez François Donnat, un autre prêtre Fidei Donum en Bolivie depuis 25 ans, avant de rejoindre pour 6 ans son nouveau diocèse de Potosi. Quant à Delphine, elle s´adapte doucement à sa nouvelle vie cochabambina en prenant ses premiers contacts sur son nouveau lieu de travail et en se donnant un peu de bon temps avec ses nouveaux amis, volontaires français pour la plupart. 

Tous les deux prennent le temps de la rencontre à la découverte d´un pays et d´une réalité humaine bien différente de ce qu´ils avaient connus jusque là. Lorsque j´ai un peu de disponibilité, généralement les fins de semaine, Jacques m´accompagne sur le territoire paroissial; il a célébré ce week-end de Toussaint ses deux premières messes en solo. Je vous invite à aller visiter son blog si vous voulez en savoir un peu plus sur ses impressions et découvertes. Quant à Delphine, elle est partie dans le Chapare et la forêt amozonienne ce week end prolongé avec deux autres volontaires françaises. 

 

Deux mots du contexte politique actuel pour vous dire que les passions se sont un peu apaisées après les tentatives avortées de déstablilisation du pays par les forces d´opposition. Les dernières rencontres à Cochabamba entre opposants et représentants du pouvoir auront certainement contribué à ramener un peu la paix et les observateurs internationaux ont sans nul doute aidé à cela. L´année 2009 sera encore celle d´élections importantes: referendum sur la nouvelle Constitution en janvier et élections présidentielles anticipées en décembre. En attendant, chacun des partis en présence affûtent ses armes et placent au mieux ses pions en vue des prochaines échéances. 

 

Le plus attristant dans cette vie de société bolivienne reste la condition de vie des plus pauvres qui ne semble guère évoluer, en tout cas sur les lieux oú je travaille pastoralement. Le fossé reste immense entre pauvres et riches et les mentalités citoyennes ne changent pas au regard de la justice sociale et des règles de droit les plus élémentaires pour nous français. 

Deux exemples pour illustrer mon propos. Lors de nos visites hebdomadaires avec deux religieuses et notre secrétaire paroissiale, nous sommes tombés sur deux jeunes femmes en grand danger sur le plan santé. Dans un cas, la maman avait accouché chez elle dans une situation de grande pauvreté, dans l´autre la maman gravemente malade vivait prostrée et résignée à mourir depuis un mois chez elle dans des conditions égales et au côté d´un compagnon incapable de prendre une décision faute de ressources économiques. Nous avons bien sûr fait mais non sans mal ce qu´il fallait pour leur permettre toutes les deux d´être soignées. Dans le premier cas, la maman et son enfant ont retrouvé la santé et sont suivis par les médecins du centre de soins voisin, dans le deuxième cas, la maman est en soins intensifs à l´hôpital de la ville; nous nous sommes engagés à lui assurer le paiement de ses soins et de ses médicaments sans savoir si elle s´en sortira. Que serait-il arrivé à ses deux femmes si nous n´étions pas passés par là et n´avions pas assuré un service qui n´est pas directement de notre ressort ? 

Depuis cette semaine, 2 médecins et une infirmière du dispensaire voisin se sont engagés à assurer une ou deux permanence hebdomadaires dans les locaux paroissiaux que nous louons; nous respirons un peu et pouvons poursuivre grâce à eux ce travail pastoral coordonné avec les services sanitaires et sociaux.

 

 

Nous poursuivons sur ces mêmes lieux de grande pauvreté nos efforts de présence pastoral et de service aux familles les plus démunies. Nous avons la chance de pouvoir travailler avec des bénévoles dévoués et généreux, la plupart étudiants en sciences de l´éducation ou en sciences sociales. Nous a collaboré également ces dernières semaines une partie de l´équipe diocésaine de la pastorale des migrants qui a offert aux femmes du quartier un atelier de boulangerie patisserie grâce auquel 47 participantes ont pu déveloper leur savoir faire en la matière pour le plus grand bonheur de leurs familles et des enfants. 

 

En résumé, sont assurés aujourd´hui sur ce quartier de grande précarité, du soutien scolaire, de la catéchèse, des visites à domicile, un service de santé, des enquêtes et un service social aux plus démunis. Nous aimerions pour quelques unes de ses familles en danger mettre en place des formes de parrainage avec ceux d´entre vous qui  pourraient trouver quelque intérêt à nous offrir leur collaboration. N´hésitez pas à vous signaler si un soutien à ses familles vous semble être prioritaire comme pour nous en l´absence de toute politique sociale et de santé sur ces nouveaux quartiers. 

 

Ce qui marque mon activité pastorale catéchétique de ces dernières semaines, ce sont l´accompagnement de divers groupes et parmi eux, 3 couples avec enfants qui demandent à se préparer au baptême, à la comunion, à la confirmation et à leur mariage. Je viens également tout récemment de démarrer un nouveau groupe de jeunes confirmands et je visite toutes les semaines les divers groupes de catéchèse d´enfants et de jeunes. C´est l´occasion de converser avec les catéchistes bénévoles, de les soutenir dans leur travail et de mieux connaitre à travers eux  les conditions de vie des enfants, des jeunes et de leurs familles. 

 

J´ai eu plusieurs fois ces dernières semaines l´occasion de vivre des célébrations festives et notamment ces derniers jours avec les fêtes de
la Toussaint et des défunts. Nous sommes dans un contexte culturel bien différent du nôtre en France; les photos ou videos du blog de Jacques Chenal  permettent de le vérifier si besoin était. J´ai eu pour ma part l´occasion de vous commenter cela lors de mes deux derniers passages en France. J´accueille ces traditions avec respect, curiosité et sympathie en tâchant d´en comprendre le sens et la portée. 

 

Je concluerai pour cette fois-ci en faisant mention de ce projet de construction de chapelle sur le secteur d´Uspha. Verra-t-il prochainement le jour ? Nous l´espérons. Il a donné lieu en tout cas ces dernières semaines à une petite mobilisation des gens du quartier à l´occasion de leur fête patronale et lors de la dernière reunion de la communauté en présence de deux architectes, l´un porteur du projet, l´autre délégué par la comission des projets de l´archevêché. Il nous faut maintenant travailler à viabiliser ce projet que s´est appropriée une bonne partie de la communauté de ce quartier d´Uspha. 

 

Il y a peu, le vicaire général du diocèse m´a annoncé l´intention de l´archevêque de signer à son retour de la visite ad limina à Rome trois nouveaux décrets de création de paroisse. Nous sommes dans la liste et devons donc nous préparer à passer en comission la semaine prochaine. Encore du travail en perspective; la moisson est certainement abondante mais pour ce genre de travail les ouvriers sont peu nombreux…. 

Au moment où je termine ce courrier, je me prépare à rejoindre l´équipe diocésaine de la pastorale des migrants pour notre reunión hebdomadaire. Nous allons être privés durant 5 semaines de son coordinateur qui part voir sa femme, en Espagne depuis deux ans. Là encore, bien du souci à se faire en son absence et certainement du travail en plus. Mais bon, comme à chaque jour suffit sa peine, restons calmes…. sourions…. et continuons à nous bolivianiser…….c´est sans doute le meilleur remède à la chute des cheveux blancs…… 

 

J´espère que ce courier vous trouvera chacun et chacune de vous en bonne forme. Je suis toujours heureux de recevoir de vos nouvelles, n´hésitez à m´envoyer un e.mail de temps à autre et excusez moi si je ne trouve pas toujours le temps de vous répondre personnellement, je ne vous en oublie pas pour autant. 

 

A très bientôt, affectueusement ou amicalement selon le cas…. 

Jacques Delort 

  

 

 

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