JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (14)

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Cochabamba, lundi 1 septembre 2008 

  

Bonjour à tous, 

  

Le moment est venu de vous faire partager quelques uns des aspects de la vie bolivienne depuis mon retour à Cochabamba à la fin du mois de juillet. 

J´ai un peu l´impression que mon séjour en France est déjà bien loin; non que je vous ai déjà  oublié mais plutôt pour vous dire qu´il s´est passé en quelques semaines bien des choses ici. 

Nous entrons progressivement dans la saison printanière ; les arbres et les massifs sont en fleurs, les nuits sont plus douces et les journées sèches avec un soleil éclatant dans un ciel d´un bleu étincelant. Le vent parfois en rafales transporte des tonnes de poussière et les nuages de pollution plane de temps à autre sur la ville ajoutés aux fumées des brûlis de buissons sur les contreforts des montagnes. Cela me vaut depuis hier un bon mal de gorge irritée par cette poussière sèche. 

Au plan politique, nous avons connu la réélection du président Evo Morales avec un vote de plus de 67% des boliviens en sa faveur. Et pour le département de Cochabamba la destitution du préfet sortant Manfred Reyes Villa qui vient d´être remplacé ces jours-ci par un préfet intérimaire  Rafael Puente ami de longue date du Président, en attendant les prochaines élections du 7 décembre. 

Ce jour-là les boliviens sont invités à revoter pour ou contre le nouveau projet de nouvelle Constitution, à s´exprimer également en faveur ou contre le projet de redistribution des terres, et à élire les 2 nouveaux préfets et les sous préfets qui viendront s´ajouter aux personnalités élues dans les départements. 

C´est vous dire les profondes transformations institutionnelles souhaitées par le gouvernement en place et les enjeux qui en dépendent pour l´avenir du pays.  

Pendant ce temps les forces d´opposition cherchent défensivement à s´organiser pour protéger leurs privilèges acquis tout en dénonçant certains aspects de la politique gouvernementale avec lesquels ils sont en profond désaccord. 

Le climat politique n´est pas très bon peu s´en faut et il y a toujours ici ou là des risques sérieux de dérapages violents dans cette conquête sans concession du pouvoir. Ceux d´entre vous qui suivent le cours des évènements auront un aperçu de la choses,  à lire les différents commentaires ici ou là. Mieux vaut dans ce cas chercher à savoir en allant à des sources d´information différentes !  

La vie quotidienne des boliviens est toujours rythmée par les barrages, manifestations, grèves de la faim et autres formes d´expression susceptibles d´attirer l´attention quand la vie politique ne permet pas ce dialogue démocratique citoyen adulte dont chaque pays peut rêver et doit avoir comme perspective solidaire de dialogue entre ses habitants. 

Venons-en aux raisons de ma présence ici et à ce qu´il m´a été donner de vivre et partager depuis mon retour à Cochabamba. 

J´ai retrouvé une maison vide de ses locataires ceux-ci ayant trouvé en mon absence un autre logement. Non que je déteste la solitude, mais cela veut dire s`occuper de tout, ménage, courses, cuisine, entretien courant, et dans ce cas, qui n´aimerait pas partager les tâches ?!  

Je n´ai pas tout perdu en mon absence puisqu`à mon retour j ai hérité d´un chien confié jusque-là aux voisins par un prêtre espagnol parti ailleurs. Ce chien a été la victime de ses 4 congénères du collège qui lui ont fait la peau et l´ont laissé handicapé. Depuis qu´il est avec moi il se retape progressivement et jouit d´un espace agréable de jardin mais s´ennuie un peu car je n´ai pas beaucoup de temps pour jouer avec lui. J´envisage de lui acheter collier et laisse pour aller promener ! Il est bien rare de voir ici des chiens en laisse…. 

Côté maison toujours, aucune nouvelle des prêtres français qui s´étaient annoncés et qui n´ont toujours rien confirmé.  

La vie pastorale n´a pas été simple à mon retour car il a fallu faire face à quelques problèmes de relations interpersonnelles dont certaines ont eu des conséquences en mon absence dans le service que l´on serait en droit d´attendre d´une paroisse ou d´un service de pastorale des migrants. Cela m´a demandé un effort supplémentaire de réflexion et de réunions en espérant qu´ils puissent servir à redresser la trajectoire de la barque ecclésiale dans laquelle nous naviguons contre vents et marées en nous évertuant à vivre la solidarité avec ceux qui souffrent notamment de la situation actuelle. Ce n´est pas encore le radeau de la méduse je vous rassure, mais enfin on aimerait parfois naviguer sur des eaux plus tranquilles !!!  

Je suis frappé par les quelques demandes de catéchuménat adultes qui me sont faites ces derniers temps (baptême, communion, confirmation, mariage). Elles sont toujours intéressantes mais nous limitent très souvent dans le temps de préparation que nous aimerions pouvoir leur consacrer. Elles sont dans tous les cas l´expression d´une quête de sens à laquelle la proposition d´un chemin de foi répond sans aucun doute.  

Je suis frappé aussi de la grande pauvreté matérielle mais aussi spirituelle de certaines familles et personnes et ce qui me fait toujours réagir en révolte c´est le peu de moyens qui peuvent être offerts à ces personnes sur les quartiers concernés. Il est bien difficile de s´habituer à la misère quand on la côtoie au quotidien ; il est plus facile de faire comme si elle n´existait pas pour beaucoup de gens qui ne veulent pas la voir.  

Nous avons réuni cette fin de semaine les membres du conseil pastoral pour leur présenter le projet pastoral travaillé et adopté pour les deux années à venir. Il sera financé d´une part par les dons qui m´ont été fait à l´occasion de mon séjour en France et d´autre part par le service de propagation de la foi si d´aventure le projet présenté à l´archevêque, accepté par ses services et signé de sa main était accepté en retour. Nous espérons avec ce projet susciter la participation de ces nouveaux volontaires qui nous font cruellement défaut encore aujourd´hui dans des domaines aussi divers que la prévention et les soins médicaux, le service social, l´alimentation, le soutien scolaire et bien sûr les services pastoraux que l´on ait en droit d´attendre d´une paroisse. Il est vrai qu´il n´y a rien d´exaltant à première vue à venir travailler bénévolement sur les quartiers où nous avons été envoyés.  

Nous aimerions aussi bien sûr entamer dans le même temps un travail d´études et de faisabilité au chapitre de ces constructions de centre paroissial dont nous rêvons mais là encore cela ne se fera qu´avec des ressources humaines et matérielles qui nous font défaut pour l´instant.   

Alors dans l´immédiat, je poursuis à l´école et dans l´accompagnement de ces jeunes boliviens qui nous collaborent pleins d´idées et généreux pour certains mais qui ont bien de la peine souvent malheureusement à inscrire leur action pastorale dans un travail continu et persévérant au  bénéfice des plus démunis et qui peinent également parfois à dépasser les difficultés de relation auxquelles l´action les confronte au jour le jour. Dans un tel contexte, on comprend que le pays connaisse quelques difficultés à gérer les crises présentes et à donner un avenir et une espérance aux jeunes générations. Mais quel pays ne connaît pas de difficultés actuellement ?   

Je vous quitte pour cette fois-ci en vous redisant toute ma reconnaissance pour votre soutien amical et vos prières.  

Bonne rentrée à chacun après ce temps de vacances d´été pour ceux qui ont pu en prendre et à très bientôt de vos nouvelles. 

  

Affectueusement  à tous. 

Jacques D. 

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