JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (12)

colegiouspha2703080461.jpg

 Cochabamba, miércoles 2 de abril de 2008 

Bonjour à tous, amis et membres de la famille. 

Voilà le moment venu de vous partager les nouvelles des semaines écoulées. 

Avec dans l´hémisphère nord l´arrivée du printemps et pour nous le passage à l´automne, s´augmente d´une heure notre décalage horaire (6 heures). Ici les jours commencent à diminuer. Pour l´instant ce changement de saison n´altère que peu la situation climatique; le temps est encore à la pluie (12º ce matin !) mais nous laissons progressivement cette saison pour retrouver la chaleur sèche en journée; le ciel reprendra bientôt son vêtement d´hiver, ce ton bleu étincelant, cette luminosité sans l´ombre d´un nuage qui règne quelques mois durant sur ce cirque montagneux de Cochabamba. 

Commençons par la situation politique : elle reste très confuse, complexe, tendue et marquée par une confrontation sans concession des pouvoirs nationaux, régionaux, départementaux et locaux en exercice. Aucune des parties en présence n´est prête aujourd´hui à s´asseoir à la table des négociations et les uns et les autres semblent oublier les grands défis auxquels est confronté le pays en matière de développement et de lutte contre toutes les formes de pauvreté. Le débat public reste le plus souvent idéologique avec en arrière fond la lutte sans concession pour la préservation des intérêts acquis ou convoités. 

Comme résultat de cette inefficience des politiques à offrir dans les faits aux citoyens un projet de développement de la société bolivienne fondé sur la justice sociale, la complémentarité et la solidarité de ses membres, le pays devient progressivement l´otage de ceux qui revendiquent la défense de leurs intérêts sectoriels et menacent par là même consciemment ou non à tous les niveaux l´autorité des institutions en place. 

Ces mêmes autorités en appellent aujourd´hui à la médiation de l´Eglise. 

Les évêques se réunissent cette fin de semaine à Cochabamba pour délivrer aux boliviens en ces temps de crise un message pascal à la hauteur de leurs espérances dans la foi et pour préciser ce que sont également pour eux les conditions d´un dialogue national authentique, dialogue dont ils ont accepté d´être les « facilitateurs ».

Cet état d´instabilité, de tension permanente, de conflits et de crise affecte la vie et le moral des citoyens jusque dans leur vie quotidienne personnelle, familiale et collective. Les exemples de violence conjugale et parentale, les viols, l´alcoolisme, les lynchages, les agressions, vols et violences sur la voie publique, font la une de l´actualité au quotidien. 

Les difficultés pour l´Etat à réguler et à moraliser la vie économique et les problèmes de corruption et de spéculation sur les prix créent d´autre part un réel malaise dans l´opinion. Dans un tel contexte, les plus rusés et les moins scrupuleux des citoyens cèdent le plus souvent à la tentation de l´enrichissement personnel et du chacun pour soi. La corruption est toujours présente dans bien des secteurs de la vie privée et publique. 

Le pouvoir d´achat de la classe moyenne est en augmentation si l´on en juge par les produits de consommation qui arrivent sur le marché et les constructions en cours dans la sphère privée. 

Pour une petite minorité, c´est donc l´heure des « nouveaux riches ». Cette classe règne aujourd´hui sans vergogne dans certains quartiers avec cette propension à faire étalage de tous les biens nouvellement acquis: voitures derniers modèles, maisons et propriétés insolentes, consommation abusive d´alcool et fêtes sans fin….. 

Le salaire des plus riches peut atteindre de très gros montants. Une jeune avocate me citait hier l´exemple d´un couple de chirurgien, juge et professeur d´université qui touchent à eux deux environ 20000 boliviens (1800 €)  par mois soit 40 fois le montant du salaire minimum. 

Par contre, pour les plus pauvres qui sont la majorité, la situation ne semble guère évoluer: le travail informel règne en maitre avec ses conséquences en matière d´exploitation des plus faibles et les salaires sont toujours dérisoires en bas de l´échelle. Les conditions de vie, comparées à celles des personnes de la classe moyenne qui reste une minorité, sont encore infra humaines dans bien des cas comme en témoigne ces quelques photos prises à l´occasion des visites de familles: pas d´eau courante, pas d´électricité, pas de meubles, pas de possibilité de conserver des aliments, pas d´accès aux services publiques, un logement d´une seule pièce voire parfois deux pour des familles nombreuses sans revenus. Bon nombre de ces familles vivent dans la peur et à l´écart de ces nouveaux cercles du développement urbain avec des problèmes sans fin de travail, de logement, de santé et de malnutrition.

dsc041231.jpg

Venons-en dans cette seconde partie de mon courrier à un bref commentaire de ce que furent quelques unes des activités pastorales de ces dernières semaines. Elles se situent dans le contexte d´un accompagnement moral, spirituel et matériel de personnes et de secteurs de population bien souvent démunies.

Deux exemples pour illustrer mon propos: lors d´une visite hier sur un quartier, nous avons été interpellés par une maman nous demandant de faire quelque chose pour son enfant de 10 ans alité depuis trois jours. Nous l´avons amené en voiture consulter deux médecins qui ont diagnostiqué une infection pulmonaire et lui ont donné gratuitement un traitement antibiotique approprié. L´un d´entre eux à l´hôpital nous a demandé de prolonger la consultation par une prise de sang et une radio des poumons, sachant qu´un certain nombre de personnes sur ces quartiers souffrent des conséquences du mal de Chaggas et de la tuberculose. Lorsque nous sommes allés chercher l´enfant ce matin, il s´est refusé par peur je suppose à aller à la consultation et la maman n´a vraiment rien fait pour essayer de le faire changer d´avis. 

Toujours à l´occasion de nos visites de quartiers ces dernières semaines, nous sommes tombés sur trois enfants de 8, 5 et 3 ans livrés à eux-mêmes et sans rien à manger dans leur sombre espace sans fenêtre de 3m2. La maman venait de partir depuis quelques jours avec son nouvel ami et deux ou trois de ses autres enfants dont un bébé, visiter soi disant sa famille dans le Chapare. Ils ont laissé ainsi tous seuls durant 12 jours les trois premiers mentionnés sans nourriture et sans les confier à qui que ce soit ! Et hier lorsque nous sommes repassés, le couple venait de rentrer et le beau père était à moitié saoul. Les voisins disent qu´il bat les enfants de temps à autre ce qui n´a rien d´étonnant ici. 

Sur le quartier où vivent ces familles nouvellement arrivées à la périphérie de la ville, n´existe encore aucune structure en matière de services publiques ou sociaux ou de commodités de première nécessité. 

Vous comprendrez aisément pourquoi nous avons hâte de voir se lever sur ces quartiers les premières constructions de ce qui sera demain la nouvelle paroisse dont nous rêvons et pour laquelle nous avons présenté il y a peu au conseil épiscopal le rapport qui nous était demandé. Nous restons dans l´attente de la ratification de ce projet de constitution de nouvelle paroisse sachant dans les faits que le gros problème reste celui du financement de ses nouvelles structures tant nécessaires à notre travail. 

Dans ce  contexte de dénuement structurel tant social que paroissial, nous avons proposé et réalisé ce dimanche dans les locaux du seul collège public de la zone la première « feria de la salud » avec quelques volontaires de la pastorale des migrants, de la paroisse, d´une université privé et de la municipalité. Les photos que je vous fais parvenir parlent d´elles-mêmes, je ne commenterai pas davantage sinon pour préciser que nous espérons dans les mois à venir la collaboration des étudiants sur les quartiers pour leurs stages de fin d´études comme leurs professeurs nous l´ont promis.

colegiouspha2300308feriasalud0941.jpg

La semaine sainte et les célébrations pascales sur les quartiers du nouveau territoire paroissial m´ont donné l´occasion de répondre à une demande religieuse un peu plus forte qu´à l´accoutumée et en général les quelques volontaires qui nous collaborent ont répondu présents. 

Dans le cadre liturgique des fêtes de Pâques, nous avons pu nous réunir à la « casa del migrante » pour partager avec eux un temps de dialogue et de célébration festive. La maison accueille en ce moment une quarantaine de personnes de passage à Cochabamba et pour la plupart en situation difficile. Nous poursuivons avec la responsabilité  de gestion et d´animation de cette maison d´accueil l´exercice périlleux d´un travail d´équipe plein d´enseignement et sûrement formateurs pour ceux qui mettent leur compétence au service des personnes accueillies. 

Il y aurait très certainement bien d´autres évènements à commenter mais le temps me manque. J´aurai,  je l´espère, d´ici peu, à l´occasion de mon séjour en France en juin et juillet, tout le loisir de vous partager de vive voix d´autres aspects de cette vie de la société bolivienne et de ses acteurs, pleine de promesses et d´incertitudes, qu´il m´est donnée depuis deux ans et demie maintenant d´approcher. 

En attendant, je vous redis à tous mon amitié et me confie à votre prière fraternelle dans l´exercice de ce ministère ecclésial qu´il m´est donné de vivre grâce entre autre à l´effort de solidarité des chrétiens du diocèse de Bourges. 

A très bientôt d´autres nouvelles. 

Un cariño saludo a cada uno 

Jacques Delort 

Aucun commentaire.

Laisser un commentaire

akwateam |
OUED KORICHE |
lalogeuse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CFTC Schindler ascenseurs
| LES POMPIERS DE VERZENAY
| ROLLER A CHAUMONT