JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (11)

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Cochabamba en Bolivia jeudi 27 février 2008 

Chers amis, chers parents, 

Le moment est venu de vous donner à nouveau quelques nouvelles avant d´aller manger des lazagnes dans une famille de réfugiés politiques colombiens qui participe aux activités du service diocésain de la pastorale des migrants. Nous sommes dimanche après midi.  Je commencerai par évoquer les conséquences douloureuses de ce phénomène climatique de la Niña auquel je faisais déjà allusion dans mon précédent courrier. Si dans quelques rares secteurs habitués à la sécheresse, les pluies diluviennes, torrentielles et tropicales de ces dernières semaines ont pu être une bénédiction, dans bien d´autres régions elles ont été un désastre pour les habitations, les cultures, les animaux et les voies de communication. Ces dernières semaines, ce sont plus particulièrement le Béni et le Pando, les régions nord, centre-est et est de la Bolivie qui ont été touchées, là où les grands fleuves de l´Amazonie entre autre charrient ces eaux qui dévalent avec force des cordillères. 

A Cochabamba le temps demeure la plupart du temps gris et frais pour la saison avec de temps à autre des pluies d´orage tropical. Au sud de la ville, des maisons se sont effondrées dans certains quartiers suite à quelques glissements de terrain, et aux environs des vallées ont été inondées et des cultures restent encore submergées par les eaux. Au cours de mon périple de 4 jours en début de mois via Oruro, Potosi, Sucre, Aquile et Totora, j´ai également pu mesurer la dangerosité de certaines itinéraires routiers parfois à flanc de montagne en des lieux où s´effondrent certains pans de roches friables. 

Dans l´ensemble de la Bolivie, ce sont des dizaines de milliers de familles sinistrées qu´il faut aujourd´hui compter et pour lesquelles il est fait chaque jour appel à la solidarité nationale et internationale. 

Quelques lignes pour évoquer en suivant le climat politique; on ne peut pas dire qu´il soit meilleur si l´on s´en réfère aux commentaires de la presse. Les tensions sont chaque jour avivées par quelques actions revendicatrices dont on ne sait jamais bien si elles sont orchestrées par une opposition cherchant à déstabiliser le pouvoir en place ou si elles sont  l´expression justifiée du mécontentement d´une certaine partie de la population réclamant des mesures économiques en sa faveur. Dans un tel contexte une certaine presse cède à la tentation de la désinformation plutôt que chercher à faire participer positivement les citoyens à la vie d´un pays qui souffre toujours de terribles inégalités. L´information donnée est rarement objective et répond le plus souvent à la nécessité d´aller chercher dans l´opinion des adeptes des idées et projets défendues de la part de ceux qui contrôlent ces moyens de  communication. Dans le domaine économique, la spéculation engendre une lente augmentation des prix et la grogne monte chez ceux dont le pouvoir d´achat est faible. 

La vie quotidienne reste de fait toujours difficile pour une bonne partie de la population qui survit et continue de penser que le seul moyen de s´en sortir est de faire du négoce ou de louer ses services pour de petits boulots. Pour ceux-là, l´espérance de jours meilleurs est celle de pouvoir faire vivre un peu plus dignement l´ensemble des membres de la famille: avoir un jour un travail qualifié, rémunéré, de quoi se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner et assurer l´avenir de ses enfants. 

La ville de Cochabamba continue aux abords de s´étendre et de se peupler d´un grand nombre de familles qui choisissent d´abandonner leur terre et leurs communautés rurales. Les habitants du nord et du centre de la ville voient progressivement quant à eux leur qualité de vie s´améliorer et peuvent bénéficier des multiples services qu´offrent aujourd´hui notre société dites moderne. 

Mercredi matin 27 février 

Que ceux qui ont pu s´inquiéter à la lecture de mes derniers e.mails se rassurent : dans un tel contexte ma vie de prêtre en Bolivie ne manque pas d´intérêt et je suis heureux de pouvoir partager avec les Boliviens cette page de leur histoire. Je côtoie plutôt dans mon travail des gens humbles sans plus d´ambition que celle de pouvoir assurer à leurs familles le minimum vital. Et si je suis aussi en lien avec des professionnels ou du milieu universitaire, c´est avec la perspective de pouvoir servir plus efficacement avec eux  la cause de ceux que la vie laisse souvent sans ressource ou sans défense. 

Ces dernières semaines, j ai du par mon travail suppléer l´absence de Antonio, ce prêtre collaborateur qui m´a été donné comme compagnon durant plus d´un an et qui aujourd´hui est de retour en Argentine. 

Une période de tensions entre les divers acteurs de la pastorale paroissiale et du service diocésain a suivi son départ. Grâce au dialogue et à la bonne volonté de chacun, nous avons réussi à établir un mode de fonctionnement qui réponde aux exigences de ces deux services d´église auxquels je participe. Aujourd´hui, nous travaillons à partir d´objectifs mieux définis et mieux concertés grâce à la mise en place de nouvelles commissions visant chacune à  favoriser la participation de bénévoles selon leurs disponibilités. Quelques exemples pour illustrer ces nouveaux axes de travail : 

Les bénévoles du service communication de la pastorale des migrants  travaille à un projet d´émissions de radio sur le secteur paroissial en lien avec les responsables de la radio diocésaine et avec la participation de quelques étudiants de l´université UNITEP Cosmos qui nous offre ses services. Avec les responsables de cette même université, nous venons de réactiver le contrat élaboré l´an dernier à travers lequel nous offrons à des étudiants le bénéfice de bourses d´études et la possibilité de faire leurs stages pratiques de fin d´études sur le secteur paroissial dans des domaines aussi divers que la médecine, la formation vétérinaire, aux soins infirmiers, à la diététique, à l´alimentation, à l´hygiène de vie et à l´hygiène dentaire. Pour initier ce travail  une fête de la santé a été programmée le dernier dimanche de mars sur l´un des quartiers de la paroisse. 

La commission « lycées et collèges »   qui nous a permis l´an passé de mener une action intéressante auprès des jeunes de familles de migrants s´enrichit cette année de la participation d´une psychologue scolaire, d´un responsable de la pastorale dans les collèges Fe y Alegria, d´une ingénieur en informatique et d´un étudiant en sciences de l´éducation. Nous travaillons depuis quelques semaines à l´élaboration d´une nouvelle enquête destinée aux jeunes avec le souci d´un meilleur dialogue au sein de la communauté éducative et avec le projet d´un documentaire à partir de leurs témoignages. Nous souhaitons de cette façon venir en aide à ceux d´entre eux qui vivent mal les conséquences de cet exode migratoire de leurs parents. Une nouvelle équipe à dimension sociale et caritative  vient de voir le jour. Grâce à elle, nous apprenons à connaitre les familles du secteur paroissial qui nous font appel et que nous allons visiter. Ces derniers jours nous avons pu distribuer le matériel scolaire qui est nécessaire à leurs enfants  et que nous a facilité un partenaire de l´action sociale. Pour certaines de ces familles en grande nécessité, nous recherchons sans plus attendre des parrains ou marraines qui accepteraient de se solidariser et nous élaborons des fiches d´action sociale pour une meilleure connaissance des situations et un meilleur suivi à l´année. 

La maison d´accueil du migrant entreprend ces jours-ci quelques travaux urgents d´électricité et d´aménagement des douches, sanitaires et bureaux d´assistance médicale, psychologique et juridique, et ce grâce à l´aide généreuse des membres et amis de l´association « Cochateauroux ».  Nous espérons également dans les prochains mois pour un meilleur accueil des migrants pouvoir offrir grâce à la Délégation Catholique pour la Coopération et grâce à des fonds européens transitant par l´Italie les services d´un(e) volontaire française et la mise en place de petits stages de formation professionnelle semblable à celui de boulangerie pâtisserie subventionné par la municipalité l´an passé. 

Il y aurait sans doute encore bien des choses à vous partager mais le temps me manque. Vous trouverez ci-joint comme chaque mois quelques photos pour illustrer ce courrier. Je vous redis à chacun et chacune mon affection, mon amitié et ma reconnaissance pour votre soutien à distance quel qu´en soit la forme. 

A très bientôt d´autres nouvelles échangées entre nos continents. 

Un fraterno y cariñoso saludo Atte…..

P. Jacques Delort 

 

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