JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (9)

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 Chers amis,

Je vous écris avec quelques jours d´avance sur la date prévue sachant que je dois m´absenter trois jours en début de semaine prochaine. J´ai en effet été invité à accompagner le groupe des enfants, des parents et des accompagnateurs du soutien scolaire du secteur paroissial pour un voyage de fin d´année dans le Chapare entre Chimore et Villa Tunari à environ 4h de route à l´est de Cochabamba en direction de la forêt amazonienne. Ce n´est pas vraiment la saison idéale pour entreprendre un tel voyage, sachant que nous sommes dans la saison des pluies et qu´à cette latitude tropicale, elles sont généralement torrentielles. Mais les bénévoles ont une telle détermination à entreprendre ce voyage et les enfants et les parents qui les accompagnent un tel enthousiasme à le réaliser que je ne vois pas bien comment je pourrais m´opposer à ce projet. L´objectif de ce séjour est de permettre aux enfants et à quelques uns de leurs parents de vivre en dehors du quartier dont ils ne sortent pratiquement jamais une expérience de groupe qui les amène à mieux se connaître pour vivre ensuite sur le terrain avec plus de facilité ces actions solidaires destinées à améliorer au quotidien leurs conditions de vie. Ils sont pour l´instant une quarantaine d´inscrits petits et grands réunis avec une bonne participation des aînés et des adultes semble-t-il. Ce voyage de fin d´année se réalise aujourd´hui dans le cadre d´une action pédagogique proposée par Ingrid et ses amis étudiants bénévoles et soutenu par les membres de l´association basque Giltzarria dont je vous ai déjà parlé.

Nous vivons des jours douloureux en Bolivie avec les récents évènements de Sucre et les quelques morts et nombreux blessés qui sont la conséquence d´affrontements entre manifestants et représentants des forces de l´ordre. Ces derniers ont eu lieu suite à la proclamation au forceps du texte de la nouvelle constitution qui devrait être bientôt proposé au vote référendaire de tous les boliviens si la procédure arrive à son terme comme le souhaitent ardemment les partisans du pouvoir actuel. Le pays n´en finit pas de se diviser au niveau des cercles de pouvoirs politiques et économiques, et dans ces cas-là, la population est littéralement pris en otage et tenue de prendre parti. Cela crée un profond climat de tensions et de malaise qui ne bénéficie à personne et bien au contraire plonge le pays dans la peur, accentue les divisions et les manifestations haineuses de rejet de l´autre différent, avec le risque présent d´affrontements aux conséquences néfastes. Que faire sinon se lamenter dans un premier temps et crier au scandale quand les puissants de ce monde  font preuve d´une telle irresponsabilité dans l´exercice de ces pouvoirs qui leur ont été démocratiquement conférés à quelque niveau que ce soit ? Je n´ai aucun envie de prendre parti en la matière, sinon le parti de ceux qui depuis trop longtemps sont les victimes de ces luttes partisanes, mais je note tout de même au passage l´attitude orgueilleuse et méprisante, voire l´outrecuidance de ceux qui durant tant d´années ont été au pouvoir et qui se permettent d´appeler aujourd´hui leurs partisans à la désobéissance civile au prétexte que la  minorité qu´il représente ne serait soit disant pas respectée !!! Ils n´osent pas dire ceux-là que les réformes envisagées et le cadre de lois défini par la nouvelle constitution risque fort de mettre en danger leurs intérêts et le capital acquis auparavant à leur profit ou à celui de leurs actionnaires. Aussi ont-ils beau jeu, drapés dans leur dignité d´autorités offensées, de crier sus au président indien de m…. qu´ils cherchent sans cesse à discréditer, qui ne pourra jamais les représenter et qui, en tout cas, n´est pas au pouvoir aujourd´hui pour défendre leurs intérêts !!! Ils seraient mieux venus d´accepter ce qui fut leur défaite et d´en analyser les causes en se remettant en question, et, en attendant des jours meilleurs, de servir au mieux les intérêts de l´ensemble des boliviens à commencer par les plus pauvres, s´ils veulent retrouver quelque crédibilité aux yeux de la population qui, elle, n´a pas oublié les conséquences de la corruption et du saccage de son pays durant tant d´années !

Nous avons également vécu des jours douloureux au diocèse de Cochabamba avec la nouvelle de ce jeune prêtre responsable d´un internat de jeunes dénoncé pour divers attentats à la pudeur et aujourd´hui en fuite. Cela nous a valu entre prêtres et évêques une longue soirée de réflexion et d´échanges, avec bien sûr en menu principal le témoignage de ceux qui ont été informés de près de cette affaire de moeurs et quelques réflexions également des responsables du discernement vocationnel et de la formation des jeunes dans les séminaires. L´archevêque nous a avoué avoir vécu durant ces jours l´épreuve la plus pénible de sa vie de pasteur.

Cette fin d´année est marquée pour moi par quelques soucis pastoraux liés au prochain départ d´Antonio, prêtre argentin d´origine bolivienne. Qui le remplacera au service diocésain de la pastorale des migrants et dans le travail de collaboration qu´il assurait sur le secteur paroissial ? Dans ce contexte d´incertitude, je n ai pas beaucoup d´entrain à mobiliser les bénévoles et à rédiger le rapport pastoral demandé et censé aboutir à la création de la nouvelle paroisse dont j´ai la responsabilité. Il faut aussi coordonner la réflexion et l´action pastorale de ces mêmes bénévoles et préparer avec eux les fêtes de Noël qui approchent. J´ai heureusement la chance d´avoir chacun dans leur domaine et dans l´ensemble de bons collaborateurs.

Je souffre enfin en cette fin d´année sur un plan personnel d´un certain sentiment d´abandon, sans doute lié au départ de Jean Claude après celui de Maurice : deux en un an, çà fait beaucoup, d´autant que je n avais pas imaginé en arrivant il y a deux ans me retrouver seul dans une grande maison. Je me console avec la perspective d´accueillir en janvier pour deux ans cette jeune coopérante Virginie, envoyée par
la Délégation Catholique pour
la Coopération.

D´autre part, fonder une nouvelle paroisse dans un secteur de pauvretés en tout genre  et sans réel soutien des responsables diocésains, qui sont eux aussi sans doute bien occupés, n´est pas non plus de tout repos et supposerait un travail de collaboration sur le terrain dont je ne bénéficie pas pour l´instant. Espérons que les nominations diocésaines de janvier me réserveront quelques bonnes surprises dans ce sens !

J´en profite pour redire à ceux ou celles qui seraient tentés en France, et sur le diocèse de Bourges plus particulièrement, par une expérience pastorale ou professionnelle de service d´Eglise, prêtres, diacres ou laïcs, qu´ils seront toujours bienvenue ici à Cochabamba et que les besoins ne manquent pas dans des domaines aussi divers que ceux de la santé, de l´éducation, de l´action sociale ou caritative, de la formation pastorale etc….

Pour me donner un peu de coeur à l´ouvrage, j´ai été retenir ces jours-ci mon vol pour les prochaines vacances en France de fin mai à fin juillet prochain !!! Avec cette perspective de vacances prochaines et de vous revoir, sûr que je vais doublement m´animer à poursuivre la tâche auprès de mes amis boliviens…..

Voilà pour l´essentiel. Comme d´ autres tâches m`attendent, je ne m´étendrai  pas davantage aujourd´hui.

En vous redisant à chacun toute mon amitié fraternelle, j´ose me confier à vos pensées ou à votre prière selon les cas dans l´attente de vos nouvelles.

Bon Avent et bonnes préparations aux fêtes de Noël.

 

P. Jacques Delort

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