JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (5)

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Cochabamba jeudi 7 juin 2007 

 

Bonjour à tous, 

Aujourd´hui, jour férié en Bolivie pour la fête du Corps et du Sang du Christ; célébrée dans tout le pays avec ferveur par les catholiques. Processions au Saint Sacrement, messes, mais encore réunions familiales; repas de fruits essentiellement; ce jour-là, il convient en effet pour certains dans le respect de leurs traditions, d´honorer le corps, de bien le traiter. 

Dans le même temps, le peuple aymara demande par l´intermédiaire de ses députés le vote d´une loi instaurant le 21 juin comme fête nationale en l´honneur du dieu soleil. Tel anthropologue fait remarquer à ce sujet qu´il n´y a jamais eu dans la religion inca de jour particulier pour vénérer la divinité du soleil à l´égal de celle de la Pachamama

Les relations ne sont pas faciles en ce moment entre les autorités catholiques et les responsables politiques de la communauté nationale; certains passages des discours de Benoit XVI à l`occasion de sa venue au Brésil, certaines prises de paroles très critiques des évêques boliviens à l´occasion de leur assemblée au sanctuaire d´Aparecida, font qu´aujourd´hui, les relations demeurent tendues et peu amènes. Le gouvernement a demandé récemment au nonce apostolique la nomination d´un médiateur. 

(…) Même si le gouvernement actuel se heurte aujourd´hui à bien des formes d´opposition et doit affronter les critiques virulentes de ceux qui contestent ses choix politiques, la côte de popularité de ses deux présidents reste élevée. Cela montre à l´évidence que beaucoup de petites gens, et ils sont nombreux, s´identifient à ceux qui aujourd´hui les gouvernent et incarnent ce fol espoir d´un futur meilleur et d´une dignité humaine et culturelle usurpée et à retrouver. 

La vie de la communauté nationale reste très perturbée et divisée, et son futur très incertain. La défense des intérêts demeure généralement très corporatiste; au-delà des discours et des bonnes intentions affichées par quelques responsables et à quelque niveau que ce soit, il semble très difficile à un bolivien de penser l´avenir de son pays en des termes traduisant ses choix solidaires au bénéfice des plus pauvres. Les inégalités ne reculent pas, le pourcentage de population vivant avec moins de 2 dollars par jour (45€/mois) reste très élevé, de l´ordre de 65% si j ai bonne mémoire; bref, il y a un énorme travail à faire pour les nouvelles générations en matière d´accès aux droits les plus élémentaires: eau potable, électricité, égouts et ramassage des ordures, logement, travail, santé, services publiques, viabilisation des chemins etc…. 

Actuellement, plus d´un bolivien sur 5 vit en dehors de son pays et les conséquences de ces migrations sont dans bien des cas graves pour les enfants sans repères affectifs et moraux et livrés à la garde de parents ou voisins qui ne leur destinent pas toujours les revenus envoyés par leurs parents de l´étranger. 

 
Quelques mots de commentaires en pensant aux activités pastorales de ces dernières semaines: elles ont été marquées bien évidemment par la couleur du temps liturgique et des fêtes pascales dans le registre des célébrations, elles m´ont donné d´autre part l’occasion d´intégrer au réseau des bénévoles quelques nouvelles personnes avec la perspective d´un meilleur travail sur le terrain en direction des jeunes notamment, elles m´ont permis enfin de prendre la mesure des défis pastoraux à relever dans les mois et les années à venir: celui de la constitution de petites équipes d´animation pastorale sur les différents quartiers, celui d´une nécessaire coordination à assurer entre ses différentes équipes et leurs membres, celui enfin des ressources économiques à trouver, indispensables à la mise en œuvre de ce projet de création d´une nouvelle paroisse. Dans l´immédiat, nous commençons par la location de deux petits bureaux et d´une chambre chez une des paroissiennes, ce qui va nous permettre d´assurer une permanence paroissiale nouvelle sur ce territoire. 

Dans un autre registre, celui du service diocésain de la pastorale des migrants, les difficultés demeurent, celle des ressources économiques. Une récente rencontre avec l´archevêque nous a au moins permis de faire le point et d´identifier les problèmes. Je destine pour l´instant une bonne partie de l´allocation du diocèse de Bourges aux paiements des salaires et aux dépenses du service dans l´espoir de jours meilleurs. Cette situation retarde bien évidemment d´autant les possibilités d´investir sur le nouveau territoire paroissial comme je l´avais espéré. 

Voilà pour l´essentiel dans le registre pastoral. 

 
Nous vivons avec Jean Claude Seguin nos derniers mois de vie commune; comme vous le savez son temps de présence en Bolivie s´achève, il rentre à la fin de cette année dans son diocèse de Charente Maritime. Y aura-t-il quelqu´un d´autre pour prendre la relève ensuite, un autre prêtre ou un laïc ? Je ne voudrais pas être le dernier des Mohicans à loger dans cette maison du collège que nous offre gracieusement l´archevêché, et j´espère une bonne surprise, celle d´un nouveau compagnon (à défaut d´une compagne ou d´un couple) pour les années à venir. Nous avons un petit espoir du côté de la Délégation Catholique pour la Coopération…. Si l´aventure de quelques années en Bolivie tente certains à ce jour, n´hésitez pas à le faire savoir ! 

 
Ma prière amicale rejoint ceux ou celles d´entre vous qui traversent des épreuves de santé, familiale ou professionnelle. 

Rendez vous en juillet, vous serez en vacances pour certains et pour nous ce sera le plein hiver mais pas aussi rude qu´en France !!! 

A très bientôt à chacun…. 

Jacques Delort* 

 

(*Prêtre  Fidei Donum en Bolivie depuis bientôt un an et demie, chargé de la Pastorale des migrants auprès de l’évêché de Cochabamba) 

 

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