JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (4)

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Cochabamba,  mardi 1 mai 2007 

 

 

Bonjour à tous, 

Le moment est venu de vous donner quelques nouvelles de
la Bolivie, et ce à quelques jours du deuxième tour des présidentielles en France (…) 

 

Nous venons d´accueillir pour un court séjour en Bolivie une petite délégation de 3 amies du diocèse de Bourges. Elles ont passé trois week-ends à Cochabamba et avec elles, nous avons fait quelques visites de personnes et de lieux sur le territoire pastoral. Elles ont également participé à l´inauguration des nouveaux locaux de la maison du migrant réalisés grâce aux dons faits à l´association « Cochateauroux » avant mon départ de France en septembre 2005 (…) 

 

Ce séjour leur aura également permis, de découvrir les régions d´Independencia, de Orouro, Uyuni, Potosi et Sucre à l´ouest et au sud ouest de Cochabamba avec leur amie bolivienne Ruth Flores qui séjourna 3 mois en France l´an passé. Je crois qu´elles reviennent enchantées de l´accueil reçu, regrettant tout de même un peu de n avoir pas pu rester plus longtemps parmi nous. 

 
A l´heure où je vous écris, nous attendons en ce premier mai la déclaration du président de
la République Evo Morales. L´an passé à la même époque était décrétée l´occupation par l´armée des sites de production et de transformation du pétrole et du gaz avec en projet la nationalisation des entreprises et la récupération au bénéfice des boliviens des ressources minières du pays. 

 

Tandis que le vice président se fait opérer à Cochabamba, le président se prépare à annoncer cette année encore quelques mesures propres à légitimer l´action de son gouvernement. Parmi ses mesures, l´augmentation de 5% du salaire mensuel minimum (aujourd´hui donc fixé à 50 Euros !), l accès facilité aux crédits bancaires pour les petites et moyennes entreprises, la poursuite des démarches visant à la récupération de la propriété des ressources naturelles du pays, la nationalisation de l´entreprise ENTEL encore aux mains des actionnaires italiens, la consolidation des accords de coopération à l´échelle des pays du continent latino américain et tout particulièrement avec le Venezuela, l´Argentine et Cuba….. 

 

Dans le même temps, ce même gouvernement doit faire face à de nombreuses demandes au plan national, régional et local de la part de ceux qui s´impatientent parfois à bon droit ou réagissent de façon corporatiste: parmi eux des handicapés, des commerçants de vêtements usagers, le personnel des hôpitaux, les professeurs des collèges, les transporteurs, les mineurs… Pour certains de ceux-là, les intérêts du pays sont mal défendus, les réformes ne vont pas assez vite, le nouveau gouvernement fait de la discrimination entre les Boliviens, le niveau de corruption ne baisse pas, et pour quelques uns encore, le pays court à la ruine en se vendant à d´autres intérêts étrangers et en se prêtant à un jeu d´alliances qui, à terme, ne rapportera rien de plus au peuple bolivien. 

 

Dans un tel contexte, la conférence des évêques de Bolivie a fait la semaine une déclaration intéressante qui a le mérite de s´éviter des critiques négatives et d´inviter tous les boliviens à travailler à la réconciliation et au développement économique et social de leur pays, et ce, de façon solidaire et concertée, pour améliorer en priorité le sort des plus démunis et des victimes de toutes les formes d´injustices dans ce pays. 

 

L´histoire bolivienne politique, économique et sociale, n´est pas très glorieuse au vu des conséquences dont souffre encore aujourd´hui une grande majorité de sa population; dans un tel contexte, les forces d´opposition quelles qu´elles soient seraient mieux inspirées d´apporter leur concours aux efforts des responsables actuels plutôt que de chercher à défendre leurs intérêts de classe ou leurs profits économiques corporatistes ou régionaux. 

 

  

Venons-en maintenant à ce qui me préoccupe plus directement, à savoir la vie des habitants de ce nouveau territoire paroissial dont nous avons la charge et celle des familles de migrants rencontrés en divers lieux. 

 

Comme je vous le disais en commençant cette lettre, la maison du migrant peut caresser l´espoir d´un meilleur avenir avec son nouveau gérant, ses trois nouveaux espaces et le prochain démarrage de ses stages d´apprentissage de boulangerie pour les femmes des quartiers sud, en collaboration avec le service social de la municipalité. Nous avons d´autre part fait la demande à

la Délégation Catholique pour
la Coopération d´un poste de coopérant professionnel capable de former à une saine gestion économique et social les responsables de
la Pastorale des migrants et de la maison du migrant; nous avons demandé dans le même temps à Caritas France de subventionner ce poste pour les deux ou trois ans d´exercice du coopérant français. Cette demie journée d´inauguration nous aura d´autre part permis de réunir et de donner la parole à un certain nombre de partenaires institutionnels intéressés comme nous à défendre les droits de ces migrants de l´intérieur du pays surtout. Nous pouvons donc nourrir l´espoir, au-delà de l´évènement, d´un partenariat institutionnel qui puisse servir la cause de ceux dont nous avons le souci. 

 

Nos inquiétudes subsistent par contre concernant le financement de l´action pastorale des membres de l´équipe du service diocésain:3 permanents dont deux à mi-temps et une bonne poignée de volontaires: professeurs, infirmières, psychologues, médecins, avocats, techniciens du son et de la radio, étudiants etc… Comme je vous le disais je crois dans mon dernier courrier, j´ai du avancer pour les deux mois d´avril et de mai les salaires des trois permanents en fonction, mais au-delà que va-t-il se passer ? Le conseil de l´évêque s´est, parait-il, engagé à verser une indemnité minimum, nous n´en n´avons pas encore eu à ce jour confirmation. D´autres frais ont du être engagés pour les études de l´un, les dettes de l´autre et le complément du salaire du nouveau gérant de la maison du migrant. Au vu de l´échelle des salaires et du niveau des prix ici, j´ai pu me permettre jusqu`à présent de combler les déficits, mais jusqu`à quand ? D´autre part, nous allons engager d´autres frais très prochainement avec la mise en route des nouveaux locaux paroissiaux que nous allons louer et l´embauche d´une jeune secrétaire à mi-temps. Enfin, vous le savez, j ai acquis depuis peu une voiture camionnette Mitsubishi de 5 ans qui enchante déjà les enfants des « barrios », et qui rend un peu jaloux les membres de la pastorale des migrants qui mobiliseraient bien facilement en toute occasion mes services comme chauffeur ! 

 

Nous poursuivons enfin nos efforts pastoraux dans le domaine de la vie paroissiale: ce n´est pas facile, nous avançons à très petits pas avec très peu de moyens humains et matériels; il nous faut faire l´effort quotidien d´apprendre à travailler en équipe à partir d´un projet pastoral et, dans le même temps, aller vers la population des quartiers, leur expliquer le sens de notre travail pastoral, obtenir leur participation dans le respect de leur sensibilité et culture, accepter enfin de nous confronter aux membres et responsables de ces églises évangéliques ou sectes qui ont d´autres motivations à être présents sur ces quartiers. Nous espérons dans quelques semaines pouvoir offrir à la population un premier espace d´accueil et un lieu de réunion et de rencontre bien identifiés; nous gardons enfin le projet à moyen terme de faire construire un centre paroissial avec son église, projet correspondant à une forte demande de la population locale plus proche de l´Eglise Catholique car sans doute mieux respectée dans sa culture et ses traditions et soutenue par Elle en Bolivie. 

 

Voilà pour l´essentiel: j aurais pu encore évoquer d´autres sujets ou faire référence à d´autres évènements ou préoccupations, mais l´espace de cette lettre mensuelle ne me le permet pas ( …) 

 

  

 

Je vous quitte en priant le Bon Dieu de donner dans quelques jours à
la France le Président et l´équipe ministérielle dont elle a besoin pour les 5 années à venir, avec l´espoir que celle ou celui qui sera élu saura porter bien haut et faire vivre dans le cœur des citoyens le rêve d´un pays et d´un peuple toujours plus solidaire, fraternel, libre et respectueux des différences de couleurs, d´origine sociale et de culture qui le composent Et au-delà du verdict des urnes, nous continuerons vous là bas et moi ici à participer activement à la vie de cette nouvelle société planétaire qui nous appelle chaque jour à plus d´efforts de solidarité, d´ouverture, d´intelligence, de tolérance et de partage entre ses membres. 

 

A chacun de vous, une pensée affectueuse, amicale et fraternelle. 

 

Et un grand merci à ceux et celles qui m´envoient de temps à autre de leur nouvelle, savent m´encourager par leurs réflexions et me soutenir par leurs prières. 

 

 
A très bientôt, bon mois de mai 

 

Jacques Delort* 

 

 

(*Prêtre  Fidei Donum en Bolivie depuis bientôt un an et demie, chargé de la Pastorale des migrants auprès de l’évêché de Cochabamba) 

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