JOURNAL D’UN PRÊTRE EN BOLIVIE (2)

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Cochabamba, lundi 05 mars 2007

Je voudrais évoquer, pour commencer, les évènements douloureux vécus par les « Cochabambinos » début janvier: il est clair que ces affrontements entre frères et sœurs boliviens ont laissé des traces dans les esprits et les cœurs, et que l´appel à la réconciliation entre « ennemis politiques » est plus que jamais d´actualité. L´archevêque et son conseil en ont d´ailleurs fait le thème de leur message de ce début d´année aux habitants et aux diverses autorités: 

 

A l´occasion des combats de rue, on a pu voir d´évidence, aux dires de quelques témoins directs, combien il était facile de manœuvrer les partisans de telle ou telle faction. 

En Bolivie, aujourd´hui, le problème de fond demeure celui des conditions d´exercice du pouvoir politique et économique, pour ceux qui l´ont conquis par les urnes, à tous les niveaux. 

Comment faire valoir par exemple aux yeux des élus de tout bord les droits des plus démunis et des populations marginalisées? La société bolivienne est encore tellement inégalitaire dans l´accès aux droits essentiels à la santé, à l´éducation, à la participation populaire et citoyenne pour ne parler que de ceux-là! 

Comment faire entendre à ceux et celles qui usent de leur pouvoir à des fins clientélistes ou populistes qu´il est bien d´autres manières de servir ce peuple qui leur a donné sa confiance ? 

Il est, pour les uns, facile d´acheter la conscience des personnes avec un peu d´argent! Il est dans le même temps facile, pour ceux qui manquent de tout, de se laisser séduire par des responsables qui vous promettent monts et merveilles dans un contexte de crise! 

La société bolivienne est une communauté nationale en partie divisée et gangrenée par la soif de profits personnels ou corporatistes et les manigances de toutes sortes d´un certain nombre de « nouveaux riches ». Comment permettre à ceux-là de participer par leurs efforts professionnels à la construction d´une société plus juste et plus solidaire? 

Vu de France,
la Bolivie manque également aujourd´hui cruellement de bons producteurs d´émissions radiophoniques, télévisuelles, et de bons chroniqueurs journalistiques. Ceux qui sont aux commandes en ce domaine ont bien de la peine à produire des émissions de qualité qui participent de ce mouvement d´émancipation et de formation à la citoyenneté et de participation positive au développement du pays. 

 


Les évènements de ces dernières semaines, ce sont aussi plus récemment les inondations survenues dans le nord, le centre et l´est du pays; elles ont fait de graves dégâts, laissé plus de 65000 familles sinistrées, tué une cinquantaine de personnes, et endommagé, voire ruiné, une grande partie des récoltes dans certains secteurs du Béni, du Pando, et des départements de Santa Cruz et de Cochabamba. L´aide internationale a été sollicitée et de nombreux pays, dont la France, ont répondu à l´appel aux dons… mais cela n´efface pas le traumatisme vécu par ceux qui ont vu leurs efforts quotidiens de travail ruinés en quelques jours et perdu habitations, têtes de bétails, récoltes et autres biens.
(…) 

Peu de temps après mon retour (de France), s´est donc confirmé le souhait de l´archevêque de la création d´une nouvelle paroisse sur le secteur de laquelle j’ai commencé à travailler en 2006. Je suis donc chargé, depuis quelques semaines, d´initier et de soutenir ce travail de terrain en m`assurant pour une part la collaboration des bénévoles déjà engagés en pastorale, et en cherchant d´autre part à constituer, avec de nouveaux membres, des équipes d´animation pastorale de quartier et un conseil pastoral pour l´ensemble du secteur. Pour cette année,  l´archevêque m´a également assuré la collaboration d´un prêtre qui n’est autre que le prêtre coordinateur du service diocésain de la pastorale des migrants avec lequel je travaille depuis mon arrivée en Bolivie. Nous faisons donc désormais équipe, ce qui bien sûr est une bonne nouvelle pour la population de ce secteur et pour moi. 

J´ai souhaité associer ces dernières semaines à ce travail les membres de la pastorale des migrants; ils ont répondu présent à l´appel: il y a pour eux un réel intérêt à aller rencontrer, sur le terrain, ceux qui sont depuis peu les nouveaux habitants de cette grande ville de Cochabamba qui n´en finit pas « d´élargir l´espace de sa tente » avec l´afflux de ces vagues d´habitants du rural. Dans un tel contexte, il est plus aisé de prendre la mesure des derniers affrontements à Cochabamba sachant que la tentation d´ostracisme est grande de la part des classes aisées, moyennes ou émergentes, qui voient arriver avec crainte et mépris parfois ces familles des hauts plateaux andins ou de la campagne reculée. Les acteurs de la pastorale des migrants avec lesquels je travaille sont presque tous des enfants de migrants venus il y a une vingtaine d´années à la ville et ils sont en fait beaucoup plus sensibles que d´autres aux nécessités exprimées par les nouveaux arrivants. Ils sont aussi, sans doute, les mieux à mêmes de faire réfléchir concrètement ceux qui expriment craintes et sentiments de rejets à l´égard de leurs frères « ennemis » fraîchement débarqués à la ville.
(…) 

Pour conclure, j´aimerais faire mention de ce projet de centre communautaire sur lequel a travaillé toute une équipe de bénévoles et d´habitants du quartier d´Uspha Uspha durant ces dernières semaines ! Il représente un grand espoir d´amélioration des conditions de vie sociale sur le terrain. Ce projet vient d´être envoyé aux services de l´ambassade de France à
La Paz; tous ceux qui l´ont porté espèrent vivement de la part des autorités françaises une réponse positive à la demande de financement de la première tranche des travaux. 

Il y a tellement à faire dans cette nouvelle paroisse en termes d´infrastructures ecclésiales comme dans les divers domaines de l´accès aux soins, à la santé, à une alimentation équilibrée, à un logement décent, à l´éducation, aux services d´hygiène, de voieries, d´eau potable, d´électricité et de services sociaux de proximité ! 

Le vent du fatalisme souffle parfois sur ces quartiers: cela se traduit pour quelques uns par des excès de violence dans les familles, ou entre voisins, ou lors des beuveries festives de « chicha » les fins de semaine notamment. 

Heureusement, ces populations et ces familles sont dans l´ensemble dignes et courageuses; vivant dans des conditions précaires d´existence, elles ne baissent jamais les bras et savent à l´occasion s´organiser et se solidariser. Certains même, avec souvent bien peu de ressources, nous donnent sans le savoir de véritables leçons de générosité et de service désintéressé.

Jacques DELORT*

(*Prêtre  Fidei Donum en Bolivie depuis bientôt un an et demie, chargé de la Pastorale des migrants auprès de l’évêché de Cochabamba)

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